© INTERNE"Italie : l'inquiétant Silvio Berlusconi"
Cette semaine en couverture de Courrier international
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Certes, Silvio Berlusconi n’est pas un adepte du néofascisme, un nostalgique de la manière forte à la Jörg Haider. Certains socialistes — italiens mais aussi français— feraient d’ailleurs bien, au titre du droit d’inventaire dont se réclame à bon droit Lionel Jospin, de garder en mémoire son alliance de fer avec Bettino Craxi (dont il a d’ailleurs récupéré une partie de l’entourage et bon nombre des électeurs), mais aussi par ce biais avec François Mitterrand: n’a-t-il pas participé en son temps, avec l’escroc Giancarlo Paretti, fossoyeur du quotidien Le Matin, à des conciliabules avec un autre escroc, proche du KGB celui-là, Robert Maxwell, aux fins de bâtir un réseau médiatique social-démocrate européen ?
La gravité du cas Berlusconi ne tient pas non plus vraiment à son système d’alliances: l’effondrement du système politique démocratique sous les coups des juges fort politisés de "Mani Pulite", au début des années 90, avait en effet provoqué une poussée électorale néofasciste sans précédent en Italie, car la Ligue lombarde, au Nord, avait tout d’un mouvement subversif d’extrême droite, raciste, xénophobe, parfois antisémite et ardent partisan du rétablissement de la peine de mort, de la suppression des principaux impôts, et à présent sympathisant de Haider. Et, au sud et au centre du pays, menacés de largage par le Nord égoïste, l’Alliance nationale de Gianfranco Fini, héritière légitime du MSI néofasciste, jouait au contraire la carte de la solidarité des démunis et de l’Etat fort. Ensemble, les deux formations — auxquelles il convient d’ajouter le MSImaintenu (Flamme tricolore!), groupusculaire — n’étaient pas loin des 30% de l’électorat, le score du PCI d’Enrico Berlinguer à son apogée. En poussant Fini à l’aggiornamento postfasciste optimal et en insérant son "parti d’entreprise", Forza Italia, au cœur du dispositif de restructuration de la droite, Berlusconi a plutôt rendu service à la démocratie italienne en empêchant la naissance d’une droite vraiment dure. Force est de constater que la Ligue d’Umberto Bossi lui a joué plus d’un mauvais tour avant de revenir au bercail de la droite, fin 1999, et que la gauche a privé à deux reprises Berlusconi de ses victoires électorales en manœuvrant sans états d’âme avec les chevaliers à la triste figure du séparatisme septentrional, ce qui discrédite définitivement tous les propos moralisateurs qu’elle peut tenir en ce domaine. (Ajoutons que Berlusconi, à son tour, a toujours ménagé soigneusement les énergumènes gauchistes de Refondation communiste de Fausto Bertinotti.)
La véritable gravité du phénomène Berlusconi tient au fait que s’impose, pour la première fois dans une démocratie moderne, la primauté d’un patron des médias. |
C’est en ce sens que l’on peut rapprocher les figures de Mussolini et de Berlusconi: celles de deux podestats machiavéliens, fils de l’industrieuse Milan (bien que Mussolini provînt de la Romagne anarchiste), qui inaugurent un bouleversement de grande ampleur de la classe politique par un rapport direct au peuple au nom de la nécessaire montée des classes nouvelles — en 1920, les anciens combattants dépositaires d’une expérience traumatique et incomparable; en 1990, les entrepreneurs saignés à blanc par l’Etat corporatiste des partis démocratiques. Dans les deux cas, la responsabilité de cette ascension est à rechercher dans la faillite morale et intellectuelle des dirigeants du centre gauche. De 1920 à 1922, la combinaison de l’attentisme tacticien du libéral de gauche Giovanni Giolitti et de la démagogie verbale des maximalistes du Parti socialiste de Jacinto Serrati avait été fatale à la monarchie parlementaire; aujourd’hui, la coalition de gauche, malgré son travail convenable en matière européenne et fiscale, est perdue par les calculs à la petite semaine du petit groupe dirigeant du PDS, les fils à papa du PCI, intoxiqués irréversiblement par la politique politicienne qu’ils connurent dans les années 70.
L’arrivée de Berlusconi en vainqueur sera bien sûr une honte et un risque pour l’Europe. |
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