Le "printemps kabyle" tourne à la crise politique

Par Franck LEFEBVRE , le 02 mai 2001 à 17h23 , mis à jour le 01 mai 2001 à 18h02

Moins de 24 heures après l'intervention télévisée du président algérien, le RCD a annoncé son retrait de la coalition gouvernementale. Le pouvoir algérien perd ainsi son dernier soutien politique en Kabylie. Une réaction qui est à la mesure de la déception des Kabyles après le discours d'Abdelaziz Bouteflika.

emeutes kabyles © INTERNE

Bouteflika a déçu. Tétanisé par la crise kabyle, qui s’est traduite depuis le 18 avril par des manifestations en chaîne à la violence croissante, le tribun algérien s’est cantonné à un discours convenu et lénifiant. Les jeunes Kabyles l’attendaient sur les questions du chômage, de la corruption, et de la "malvie" ; le président algérien a seulement annoncé la création d'une commission d'enquête indépendante sur les émeutes. Conséquence immédiate de cet échec, le RCD (Rassemblement pour la Culture et la Démocratie), membre de la coalition gouvernementale et bien implanté en Kabylie, a décidé de mettre ses menaces à exécution. Mardi, moins de 24 heures après le discours de Bouteflika, le RCD a annoncé qu’il retirait ses deux ministres du gouvernement.

"Le président n'a rien dit qui nous intéresse"


60 à 80 morts, des centaines de blessés
depuis le 18 avril - DR
Un retrait déjà annoncé comme probable dimanche par Saïd Sadi, qui n’avait pas eu de mots assez durs pour le pouvoir algérien : "un gouvernement qui tire sur la population ne mérite pas qu'on le soutienne et ne doit pas continuer à recevoir l'adhésion des démocrates", estimait alors le leader du RCD. Le parti kabyle rejoint désormais dans l'opposition son vieux rival sur le terrain, le Front des Forces Socialistes (FFS) de l’opposant résidant en Suisse, Hocine Aït Ahmed. Du coup, le pouvoir algérien perd son dernier soutien politique en Kabylie.

A l’origine des émeutes, les plus violentes en Algérie après celles d'octobre 1988 qui avaient conduit à la chute du système du parti unique : la mort d'un lycéen dans la gendarmerie de Beni Douala, près de Tizi Ouzou, en Grande Kabylie. Nourries du mécontentement général résultant d'un chômage massif chez les jeunes et d'une grogne à l'égard de l'administration et des forces de gendarmerie accusées d'abus d'autorité et de corruption, les émeutes ont rapidement touché l'ensemble de la Kabylie. Leur bilan serait aujourd’hui de 60 à 80 morts, et de plusieurs centaines de blessés.

Les barricades n’attendent que d’être remontées


La carte des émeutes
Une explosion de violence qui a pris le pouvoir algérien de court. L’intervention télévisée de Bouteflika, lundi soir, apparaissait comme une ultime tentative du gouvernement de rétablir le calme. Et l’ensemble des Kabyles attendaient beaucoup de ce discours. Mais les promesses du président algérien, jugées "trop vagues" et "sans rapport avec les attentes concrètes" de ces jeunes, ont laissé la majorité des habitants de Kabylie dubitatifs. Et elles n’auront pas été suffisantes pour retenir le RCD au sein de la coalition gouvernementale. La réaction chez la majorité des Kabyles est la même : "Le président n'a rien dit qui nous intéresse".

Mardi, le "printemps kabyle" a dégénéré en crise politique majeure pour l’Algérie. Et si en ce 1er mai, jour férié en Algérie, l’ambiance était calme à Béjaïa et Tizi Ouzou, les deux principales villes de Kabylie, la violence peut reprendre à tout moment. La ville a été en partie nettoyée des débris des émeutes. Les rues ont été dégagées des poteaux et des barricades qui les bloquaient ces jours-ci. Toutefois, certaines des barricades ont été simplement poussées sur les trottoirs et les bas-côtés, comme si elles n’attendaient que d’être remontées.

Par Franck LEFEBVRE le 02 mai 2001 à 17:23
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