© INTERNEIsraéliens et Palestiniens ont désormais pris l'habitude d'accuser la presse internationale d'avoir pris parti pour l'ennemi. |
Dans un conflit aussi émotionnel et complexe que celui qui oppose Israéliens et Palestiniens, la presse internationale est elle aussi prise sous le feu. Bertrand Aguirre, correspondant de TF1 à Jérusalem, en a fait violemment les frais le 15 mai dernier : d'après les premiers éléments de l'enquête, un sniper israélien aurait volontairement tiré dans son gilet pare-balles côté droit à la hauteur du cœur, alors que le journaliste venait de terminer son commentaire, sur un lieu d'affrontements près de Ramallah. Cet incident, qui n'est pas le seul et qui concerne également la partie palestinienne, n'est pas arrivé par hasard : Israéliens et Palestiniens ont désormais pris l'habitude d'accuser la presse internationale d'avoir pris parti pour l'ennemi. Et ont manifestement mis en œuvre des mesures pour combattre la "désinformation".Mardi, le chef du bureau de Newsweek à Jérusalem et son photographe ont été enlevés par des membres masqués et armés des Faucons du Fatah. "Cette opération est un message adressé aux gouvernements américain et britannique, afin que ceux-ci (…) sachent que leurs citoyens en Palestine et dans le monde arabe seront enlevés et abattus si le soutien total, partial et injustifié [à Israël] continue." Détenus quatre heures durant, les deux journalistes sont devenus, le temps d'un après-midi, des instruments d'influence des politiques étrangères de leur pays d'origine.
Harcèlement
Conflit israélo-palestinien Exprimez-vous dans notre forum |
Avant même que l'Intifada des mosquées ne se fut enflammée, la presse palestinienne elle-même avait eu à subir les brimades d'une police et d'une justice promptes à réprimer les voix discordantes. Selon le rapport annuel 2000 de Reporters sans frontières, les convocations, arrestations et brutalités arbitraires ont été courantes, sous prétexte que les journalistes critiquaient Yasser Arafat et l'Autorité palestinienne. Sur le terrain des affrontements, il n'est pas rare que les journalistes occidentaux soient pris à partie par les forces de l'ordre ou les insurgés palestiniens, à l'image des brutalités qu'ont subies Bertrand Aguirre de TF1 et Mark Seager, photographe du Sunday Telegraph, lorsqu'ils se sont rendus sur les lieux du lynchage de deux soldats de Tsahal, le 12 octobre dernier à Ramallah. Comme souvent dans des zones de conflit armé, les journalistes occidentaux — et a fortiori les reporters américains — sont identifiés à leur gouvernement et accusés d'être clairement de parti pris en faveur d'Israël.Paradoxalement, côté israélien, les mêmes journalistes sont parfois aussi mal traités, et ce pour les raisons inverses. Ainsi Saul Rosenblat, un rabbin londonien, a-t-il fondé il y a quelques semaines une association et un site Internet, baptisé "Honestreporting" ("Compte rendu honnête"). Accusant eux aussi la presse internationale d'être de parti pris pour les Palestiniens, les membres de cette association s'efforcent de protester par écrit chaque fois qu'un article concernant le conflit israélo-palestinien est publié. "De manière à ce que les rédactions changent leur manière de faire, a fièrement affirmé le rabbin Rosenblat, interrogé par le Jerusalem post. Recevoir 30.000 critiques détaillées par jour est une réelle nuisance pour un journal." L'aveu est de taille, qui, sans atteinte physique directe, revendique une forme de violence pour influer sur le contenu d'un journal. Les sites fleurissent sur l'Internet, en France, en Israël ou aux Etats-Unis, qui à grands renforts de sociologues et de démonstrations alambiquées, dénoncent le désormais fameux "media bias" : un travers médiatique qui ferait des Palestiniens les seules victimes défendables du Proche-Orient.
Contradictions
Pour chaque article concernant le Proche-Orient, des accusations contradictoires sont systématiquement formulées. |
tf1.fr, comme l'ensemble des médias français, est évidemment concerné par ce feu croisé, où chacun voit le diable à sa porte. Lorsque nous avons publié l'article "Israël : quel cessez-le-feu ?" le 23 mai dernier, deux internautes, l'un pro-israélien, l'autre pro-palestinien, ont envoyé un courrier électronique à son auteur. Le premier dénonçait les "inadmissibles propos pro-palestiniens", qui tendaient à "faire croire aux gens qu'Israël est et restera méchant". Le second dénonçait une part trop belle faite aux arguments du Premier ministre Ariel Sharon, alors que "le peuple palestinien souffre d'un génocide". Les "avis" de nos internautes ne sont pas en reste. Pour chaque article concernant le Proche-Orient, des accusations contradictoires sont systématiquement formulées.Insoluble, l'équation contentant toutes les parties n'existe probablement pas. Sous prétexte de dénoncer la partialité de la presse internationale, partisans des Israéliens et soutiens des Palestiniens omettent sans doute de reconnaître que leurs griefs, en réalité, sont clairs : ils accusent les journalistes de ne pas adopter leur propre point de vue. L'organisation de l'article, un mot choisi, un titre, tout, même le plus infime détail, est bon pour dénicher, derrière l'information purement factuelle, la désinformation.