Proche-Orient : quel cessez-le-feu ?

Par Léonard VINCENT , le 23 mai 2001 à 11h38 , mis à jour le 23 mai 2001 à 12h04

Le Premier ministre Ariel Sharon a prononcé mardi soir une allocution radiotélévisée à la nation israélienne. Il a appelé les Palestiniens à faire cesser la violence et a ordonné à son armée de ne plus faire feu, sauf en cas d'attaque. Un appel au calme dénoncé comme "trompeur" par le gouvernement de Yasser Arafat.

israel sharon portrait © INTERNE

Le secrétaire général du gouvernement palestinien était en colère, mercredi matin, en commentant l'allocution radiotélévisée à la nation israélienne du Premier ministre Ariel Sharon, la veille au soir. Ahmed Abdelrahmane a qualifié de "supercherie" et de "manœuvre supplémentaire" son appel à une cessation des "violences palestiniennes". "Parler d'un cessez-le-feu est trompeur, a-t-il poursuivi, car en fait, il s'agit d'une agression contre le peuple palestinien, et non d'une guerre. C'est une agression commise par une armée d'occupation et des colons qui occupent le territoire palestinien et y imposent un état de siège." L'alternative est simple, vue du côté du gouvernement Arafat : la fin du conflit passe par le

L'EPINE DES COLONIES

Dans ce contexte d'extrême tension entre les deux parties, le Premier ministre israélien a, mardi soir, souligné l'importance qu'attachait son gouvernement à l'expansion des colonies existantes. Il a lu à ce propos le paragraphe du programme de son gouvernement d'union nationale, formé en mars, stipulant que "le gouvernement considère la colonisation sous toutes ses formes comme une entreprise d'intérêt national et s'efforcera de la renforcer". Il a réitéré l'engagement inscrit dans ce programme de "pourvoir aux besoins réguliers des colonies", notamment en ce qui concerne la construction et la sécurité. Le Premier ministre a bien laissé entendre qu'après l'arrêt des violences et une période probatoire d'accalmie, Israël pourrait freiner la colonisation ou du moins ralentir son expansion, mais n'a donné aucune promesse concrète se bornant à réaffirmer qu'Israël "ne construira pas de nouvelles colonies" en plus des quelque 150 déjà en place.

Conflit israélo-palestinien
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retrait d'Israël aux frontières de 1967 (à la lisière de la Cisjordanie, de la bande de Gaza et hors de Jérusalem-ouest), c'est-à-dire à la situation qui prévalait avant la guerre israélo-arabe des Six-Jours.

Appelant les pays arabes voisins — Syrie et Liban, notamment — à "choisir la voie de la paix", le Premier ministre de l'Etat hébreu a en outre réitéré son approbation du plan Mitchell, tout en insistant sur son refus de geler le dossier des colonies juives (Cf. encadré ci-contre et notre article "Le consensus Mitchell"). C'est sur cette position-là, à l'opposé des exigences adverses, qu'il a appelé l'Autorité palestinienne à "cesser la violence immédiatement et à revenir à la table des négociations". S'abstenant d'appeler, comme la plupart des journalistes s'y attendaient, à un cessez-le-feu unilatéral de Tsahal, Ariel Sharon a en effet été évasif sur la question. "Je dis ici et je répète une fois de plus que si les Palestiniens acceptent la proposition d'un cessez-le-feu immédiat, nous cesserons le feu immédiatement", a-t-il répondu à un journaliste évoquant le sujet.

Cessez-le-feu impossible

Quelques heures plus tard, le ministre israélien de la Défense Binyamin Ben Eliezer a toutefois appelé à l'armée de "ne pas ouvrir le feu" sauf en cas d'attaque ou de "danger mortel". Un responsable de la présidence du Conseil ayant requis l'anonymat a confirmé mercredi matin "qu'aux termes de la nouvelle politique adoptée, l'armée ne prendra pas l'initiative de lancer des opérations et ne procédera pas à des incursions dans les zones autonomes palestiniennes."

Pourtant, en fin de matinée, des sources palestiniennes affirmaient que Tsahal avait effectué une nouvelle incursion en secteur sous contrôle palestinien dans la bande de Gaza. "L'armée israélienne a pénétré dans trois zones sous contrôle total de l'Autorité palestinienne (…) et rasé des terres", a indiqué la chef de la sécurité publique dans la bande de Gaza, le général Abdel Razek al-Majaïda. Les porte-parole de Tsahal n'ont pas encore confirmé ni infirmé l'information. Dans l'après-midi, des sources médicales indiquaient que vingt Palestiniens, dont deux enfants, ont été blessés par des tirs de chars israéliens sur un camp de réfugiés dans le sud de la bande de Gaza lors d'une quatrième incursion mercredi en territoire palestinien. D'autre part, un civil israélien qui avait été grièvement touché mercredi par des tirs palestiniens, près de la colonie d'Ariel, au nord-ouest de la Cisjordanie, a succombé à ses blessures. En fin de journée, des Palestiniens ont tiré pour la première fois depuis le début de l'Intifada en direction d'un quartier israélien de Jérusalem ouest, sans faire de blessé.

Par Léonard VINCENT le 23 mai 2001 à 11:38
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