Yougoslavie : une loi pour lâcher Milosevic

Par Léonard VINCENT , le 24 mai 2001 à 17h02 , mis à jour le 23 mai 2001 à 17h24

Le gouvernement yougoslave devrait approuver jeudi une loi sur sa coopération avec l'ONU. Parmi les mesures nouvelles proposées se trouve la procédure d'extradition de nationaux vers le TPI. Slobodan Milosevic devrait désormais être extradable vers La Haye.

milosevic © INTERNE

Les modalités d'extradition de citoyens yougoslaves vers La Haye devraient également être fixées.

Pressé de toutes parts depuis son arrivée au pouvoir le 5 octobre dernier, le gouvernement yougoslave devrait approuver jeudi un désormais célèbre projet de loi sur la coopération avec le Tribunal pénal international. Au beau milieu d'un texte général sur l'application des traités et résolutions de l'ONU, les modalités d'extradition de citoyens yougoslaves vers La Haye devraient également être fixées. D'ici quelques semaines, voire quelques mois, l'ancien maître de Belgrade Slobodan Milosevic et ses affidées pourront être expédiés dans les cellules du centre pénitentiaire de Scheveningen, la station balnéaire néerlandaise près de laquelle le TPI a son siège.

"Le projet de loi prévoit toute sorte de coopération en accord avec le statut du tribunal pénal et la résolution du Conseil de sécurité de l'ONU (…) y compris le transfèrement d'inculpés", a ainsi déclaré le ministre yougoslave de la Justice Momcilo Grubac à la presse. C'est au retour de son voyage aux Etats-Unis début mai que le président Vojislav Kostunica s'est engagé à faire adopter un texte longtemps évoqué, mais jamais présenté, avant l'été. Une fois la loi adoptée, les Etats-Unis octroieront en effet une aide financière substantielle à l'économie délabrée de la fédération yougoslave. Le Parti socialiste de Serbie de Slobodan Milosevic n'a pas manqué de dénoncer ce schéma, qualifiant "d'hypocrite" et "humiliant" le transfèrement de citoyens yougoslaves, afin de "supplier pour de l'aide financière".

Une procédure classique

Selon nos informations, le texte de loi décrirait la procédure suivante : l'acte d'accusation et ses pièces attachées devront être transmis au ministre fédéral de la Justice, qui transmettra à son tour à un tribunal adapté. Si elle la juge conforme, la cour pourra alors prononcer l'autorisation d'extradition et demander, en cas d'urgence ou de risque d'évasion, le placement en détention de l'accusé. La défense ou l'accusation pourra faire appel du jugement, dans les cinq jours, devant la Cour suprême, au sein de laquelle un conseil de cinq juges rendra une décision définitive.

Sans doute le gouvernement yougoslave, s'il reste en l'état, cherchera-t-il à gagner du temps.

Après avoir été votée, cette loi tant attendue devrait, bien sûr, être suivie d'effet. Selon l'analyste du site Internet de FreeSerbia, sans doute le gouvernement yougoslave, s'il reste en l'état, cherchera-t-il à gagner du temps, soit en extradant dans un premier temps des inculpés de moindre importance, soit en élargissant l'inculpation. Slobodan Milosevic sous les verrous et le gouvernement yougoslave cherchant des moyens techniques de le livrer sans se déjuger : il y a un an, personne, pas même le procureur du TPI Carla del Ponte, n'aurait pu rêver pareille situation.

Par Léonard VINCENT le 24 mai 2001 à 17:02
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