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Enfin des raisons d'espérer la paix

Edité par
le 20 juin 2001 à 18h22 , mis à jour le 21 juin 2001 à 18h11.
Temps de lecture
5min
adler france personnalites population

Crédits : INTERNE

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MondeComme chaque jeudi, l'hebdomadaire Courrier international et tf1.fr vous proposent le Bloc-notes d'Alexandre Adler. Cette semaine, le chroniqueur revient sur dix années de guerres et de larmes dans les Balkans.

"1991-2001 : Yougoslavie, dix ans de guerre et de larmes"
Cette semaine en couverture de
Courrier international

Dix ans déjà que les Balkans sont entrés dans la voie de la catastrophe sous les yeux effarés et incrédules de la communauté internationale, dix ans ininterrompus de malheur, de ravages et de crimes impardonnables, qui ont permis au XXe siècle européen de finir là où il avait commencé — dans la même accumulation de bêtise et de meurtres —, quelque part entre Sarajevo et Salonique. Auschwitz n’avait donc pas suffi pour en faire rabattre aux Européens sur leur arrogance de parangons de la civilisation. Moins atroce que le génocide de 1941-1945 — mais tout aussi accusateur quant au degré de responsabilité éthique atteint par ces sociétés —, le long conflit balkanique devrait, une nouvelle fois, inciter les Occidentaux à la modestie.

A peine moins sanglants que les tueries réciproques entre Hutus et Tutsis, les conflits balkaniques, engrenés les uns dans les autres, ont constitué le principal échec de la paix dans la décennie qui s’achève, alors qu’une logique d’apaisement s’imposait peu à peu en Afrique du Sud, en Amérique centrale, dans la péninsule Coréenne et même, tout un temps, entre Israéliens et Palestiniens. Un autre phénomène fascinera les géopoliticiens de l’avenir : la régularité, dès lors quasi prévisible, de la progression de l’onde de choc, selon une direction nord-sud. Tout a commencé avec la sécession slovène du printemps 1991, elle-même préparée par le départ des communistes slovènes du parti fédéral quelques mois auparavant. L’incendie s’est vite propagé à la Croatie, avec le blocage des casernes de l’armée fédérale et l’insurrection sanglante des zones serbes, Krajina et Slavonie orientale, de la république catholique du nord-ouest. A peine un cessez-le-feu précaire installé, et c’est l’implosion de la Bosnie, courant 1992, le plus sanglant et le plus barbare de tous les épisodes de cette guerre. Celle-ci sera relancée de plus belle par les bévues américaines des premiers mois de l’administration Clinton et par l’arrogance des milices

Crise dans les Balkans
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serbes, qui se croient maîtresses du terrain. On ne sortira (difficilement) de ce bourbier qu’à partir de 1994-1995, grâce notamment à la coopération accrue des Français et des Anglais sur le terrain, mise en place par Alain Juppé et Douglas Hurd malgré les faiblesses pro-serbes de François Mitterrand. Mais ce redressement n’aura pas empêché le honteux massacre des civils musulmans de Srebrenica par une soldatesque serbe déchaînée.

Après l’accord de Dayton arraché par Richard Holbrooke, l’europhobe pitbull de l’administration Clinton, la maladie a repris son cours, encouragée cette fois par la décomposition simultanée des deux régimes serbe et albanais.

Après l’accord de Dayton arraché par Richard Holbrooke, l’europhobe pitbull de l’administration Clinton, la maladie a repris son cours, encouragée cette fois par la décomposition simultanée des deux régimes serbe et albanais, qui a laissé la porte ouverte à toutes les surenchères au Kosovo, où sévit depuis 1988 un "apartheid" de fait de la population albanaise. Une nouvelle crise qui a entraîné le détachement de facto du Kosovo, le renversement du régime Milosevic à Belgrade, l’autonomie croissante du Monténégro et le discours électoral des extrémistes kosovars de l’UCK. A présent, l’onde de choc, heureusement affaiblie par une course aussi éperdue, se porte toujours aussi inexorablement sur la Macédoine, qui n’est pas tout à fait tirée d’affaire.

On peut tirer trois importantes leçons de ce long et difficile affrontement. La première, c’est qu’il existe une pédagogie du mal. Personne dans la région n’a voulu imiter jusqu’au bout la folie des régimes post-yougoslaves. Les relations hungaro-roumaines, exécrables en 1990-1991, se sont peu à peu améliorées. La guerre de la Transdniestrie en Moldavie a été de courte durée (1992-1993) et s’est rapidement conclue sur un compromis territorial moins mauvais qu’il ne semble. La Bulgarie, qui s’était engagée — en 1987, sous le règne de Gorbatchev et de son satrape Todor Jivkov — dans la voie de la "purification ethnique" de sa minorité turque, a mené au contraire, avec le retour de la démocratie, une politique exemplaire en matière de tolérance, qui a eu son importance pour l’évolution du statut de la minorité albanaise dans la Macédoine voisine. L’Albanie elle-même s’est détournée assez vite, après 1997, de l’aventurisme nationaliste d’un Sali Berisha. La Grèce et la Turquie, enfin, ont eu leurs prurits identitaires : Athènes, dressée sur ses ergots, a cherché — de Papandhréou à Mitsotakis — à étouffer dans l’œuf la petite Macédoine avant de se rendre compte que le régime de Skopje lui était en fait indispensable. Ankara, de son côté, a mis initialement un peu trop d’énergie à soutenir Bosniaques et Albanais, sans voir que les principaux fauteurs d’un "ottomanisme" trop activiste étaient ceux-là mêmes, dans le parti islamiste, qui cherchaient tout simplement, à l’instar de leur ami et client Izetbegovic, à liquider la laïcité kémaliste. Mais, avec la victoire progressive de forces de centre gauche pro-européennes et internationalistes, aujourd’hui incarnées par Simitis et Ecevit, le rapprochement gréco-turc est devenu une réalité, sans doute fragile mais prometteuse.

Deuxième grande leçon : le sentiment européen, rudement mis à l’épreuve, a tout de même résisté au choc des Balkans.

Deuxième grande leçon : le sentiment européen, rudement mis à l’épreuve, a tout de même résisté au choc des Balkans. L’Allemagne est partie dans ce conflit en boutefeu pro-catholique et russophobe, tandis que la France et surtout le Royaume-Uni penchaient très sérieusement en faveur d’une Serbie idéalisée. Les petits Etats, eux, se montraient indifférents. Et aucune unité de vue n’existait en matière de défense européenne. Dix ans plus tard, c’est une véritable armée européenne — bien qu’elle ne dise pas encore son nom — qui administre la Bosnie et le Kosovo, à la satisfaction générale. Londres, Berlin et Paris n’ont plus aujourd’hui l’ombre d’une divergence.

Quant au troisième acquis, de loin le plus important, c’est que la démocratie, née dans le sang et les larmes, s’est aujourd’hui consolidée. L’alternance a partout joué, et plusieurs fois, sauf évidemment en Bosnie. Des équipes modérées ont émergé à Zagreb (la plus remarquable), à Belgrade (la plus courageuse), à Tirana et à Pristina (les plus indispensables). Un émule et un proche de Juan Carlos, le tsar Siméon II va à présent essayer de désenclaver la Bulgarie, et c’est un Iliescu très assagi qui règne à Bucarest sans beaucoup gouverner.

A condition de conserver à l’esprit la nécessaire modestie que nous inspire l’histoire récente, ces trois éléments donnent tout de même de sérieuses raisons d’espérer.

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