Dans la nuit de mercredi à jeudi, des magasins et maisons appartenant à des Albanais étaient attaqués à Bitola. |
Emeutes anti-Albanais dans la deuxième ville du pays, confrontations sporadiques à Kumanovo et Tetovo, coalition gouvernementale au bord de l'éclatement, rumeurs d'état de guerre : la Macédoine était au bord de l'abîme. Dans la nuit de mercredi à jeudi, des magasins et maisons appartenant à des Albanais étaient attaqués à Bitola, quelques jours après que trois soldats originaires de la cité eurent été tués dans une attaque de la guérilla de l'UCK macédonienne. Des détonations ont encore résonné dans la semaine au-dessus de Tetovo. Des tirs ont été signalés quotidiennement dans deux bastions rebelles, au-dessus de Kumanovo, dont les habitants sont privés d'eau depuis mercredi.La proclamation officielle de l'état de guerre, défendue par le Premier ministre mais contestée par le président, pourrait être débattue vendredi au Parlement. Incapable de s'unir autour d'une stratégie homogène, miné par les divisions entre partisans de la force et diplomates acharnés, entre Albanais et Macédoniens, le gouvernement n'a pas su lutter efficacement contre l'éclosion de violence qui a porté le feu à ses frontières. Mais l'état de guerre permettrait d'élargir les possibilités d'action du président Trajkovski, lequel pourrait légiférer par décret, placer l'ensemble du territoire sous couvre-feu et fermer les frontières.
L'Union européenne, les Etats-Unis, l'Otan et le Conseil de l'Europe se sont fermement opposés jeudi à cette proclamation. "Ce n'est pas constructif, c'est inutile et nous recommandons fortement de ne pas y avoir recours", a ainsi déclaré un responsable de l'Otan sous le couvert de l'anonymat, en marge d'une réunion des ministres de la Défense de l'Alliance atlantique.
L'UCK est indéboulonnable depuis le début mai des secteurs montagneux du nord-ouest, malgré les assauts répétés des forces armées. |
Retranchée dans les montagnes, la rébellion ne fléchit pourtant pas, répétant aux correspondants de presse que "les chars et l'artillerie ne peuvent rien" contre le "moral" des guérilleros albanais, ni contre leur présence sur le terrain. L'UCK est en effet indéboulonnable des secteurs montagneux du nord-ouest du pays depuis le début mai, malgré les assauts répétés des forces armées macédoniennes. C'est en ce sens que le ministre de la Défense de Skopje, Vlado Buckovski, reconnaissait mercredi que la lutte serait "longue et difficile" et que "les armes lourdes" de son armée "n'étaient pas adaptées aux tactiques complexes" des rebelles albanais.