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"La Kabylie est à feu et à sang"

Edité par
le 20 juin 2001 à 17h55 , mis à jour le 21 juin 2001 à 15h48.
Temps de lecture
4min
algérie kabylie émeutes vue de haut

Crédits : INTERNE

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MondeNous avons joint par téléphone depuis Paris le président du Mouvement culturel berbère et membre de la Coordination nationale pour la défense des libertés démocratiques. El-hadi Ould Ali décrit la situation chaotique de la Kabylie, en proie à des émeutes quotidiennes. Face aux accusations, il désigne le pouvoir comme seul responsable de toutes les dérives.

tf1.fr — La Kabylie vient de vivre deux jours très violents qui ont fait une vingtaine de morts. Comment évolue la situation sur le terrain aujourd’hui ?

El-hadi Ould Ali — La Kabylie est à feu et à sang. Mardi soir, dans plusieurs endroits, les forces de sécurité ont tiré à balles réelles sur la population, faisant des morts et des blessés. A Aïn El Hammam, dans la région de Tizi-Ouzou, six jeunes ont été blessés par balles. A Larbaa Nath Irathen, un adolescent a été écrasé par un camion blindé appartenant aux forces anti-émeutes. Et, à Akbou, dans le département de Béjaïa, les gendarmes ont tiré sur la foule. Au moins cinq personnes ont été tuées et 120 blessées. Aujourd’hui, le calme n’est toujours pas revenu. Dans la ville de Tizi-Ouzou, les affrontements se poursuivent depuis ce matin. Et je viens d’apprendre que les forces de sécurité violent des domiciles et s’attaquent aux biens privés, notamment les magasins.

tf1.fr — Mais les comités de villages ont appelé au calme et à la vigilance…

Vers une révolution
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E.O.A. —
Les comités de villages essayent d’identifier les éléments qui tentent de profiter de la situation pour nuire à l’image de ceux qui manifestent pour la démocratie, contre la "hogra" et pour la liberté d’expression. Le pouvoir veut faire de nous des pilleurs et des casseurs pour nous discréditer. La marche de jeudi dernier à Alger illustre parfaitement la stratégie du régime. La vérité vient d’éclater : celui qui a incendié le parc de Kia Motors, ceux qui ont volé la bijouterie et le chauffeur du bus à l’origine de la mort des deux journalistes, viennent tous d’être arrêté. Et aucun d’eux ne fait partie des manifestants ! Le pouvoir qui cherche à circonscrire les manifestants à la seule Kabylie a échoué. La révolte se propage et touche d’autres régions du pays.

tf1.fr — Les forces de sécurité ont suspendu l’usage de balles réelles durant plusieurs jours. Pourquoi tirent t-elles à nouveau sur les manifestants ?

E.O.A. — Les forces de l’ordre n’ont jamais de renoncer définitivement à l’utilisation des balles réelles. Le pouvoir, qui s’est engagé dans une dérive suicidaire, est prêt à tout pour faire cesser les manifestations. Il ne veut ni dialoguer ni chercher une solution ou un accord avec les représentants de la population. Il continuer à réprime les manifestants et à les insulter le soir à la télévision en les traitant de voleurs et de pilleurs.

tf1.fr — Le pouvoir veut interdire les marches à Alger. Quelle est votre réaction ?

E.O.A. — La Coordination national pour la défense des libertés démocratiques (CNDLD) dont nous faisons partie vient d’organiser un sit-in devant le siège de la télévision algérienne. Plusieurs centaines de personnes étaient présentes pour dénoncer la partialité de la télévision, que les Algériens appellent "télé-division". Nous n’avons demandé aucune autorisation pour organiser cette manifestation et nous ferons de même dans l’avenir. Nous soutiendrons et nous participerons à toutes les marches qui seront organisées à Alger pour défendre la démocratie. La capitale appartient à tous les Algériens et il est hors de question que le pouvoir décide d’interdire les manifestations.

tf1.fr — Le Président Bouteflika a annoncé qu’il n’avait pas d’interlocuteurs en Kabylie…

E.O.A. — Le pouvoir refuse d’avoir des interlocuteurs. Des représentants de la population de la population existent aussi bien au sein de la société civile que dans la classe politique. Ils ont été démocratiquement choisis par la population kabyle, ils sont visibles et tout le monde les connaît.

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