Milosevic, Slobodan, affaire IT-99-37

Par Léonard VINCENT , le 30 juin 2001 à 19h21 , mis à jour le 28 juin 2001 à 19h55

L'ancien président yougoslave comparaîtra mardi devant le TPI. A Belgrade, la crise politique est profonde, entraînant la démission du gouvernement fédéral. Devant le parlement yougoslave, ils étaient plus de 10 000 a manifesté vendredi soir contre le transfert de Milosevic.

Photo (c) NOS TV © INTERNE


Le siège du TPI à La Haye - DR
C'est un court texte en deux parties, répertorié au greffe du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie sous la cote CC/PIS/597f. Le titre : "Slobodan Milosevic transféré au Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie". Le président du Tribunal de La Haye Claude Jorda s'y félicite de ce "tournant décisif" et du "début d'une nouvelle ère pour le développement de la justice internationale". Le procureur du TPIY Carla Del Ponte y relève opportunément que "le transfert en lui-même ne représente pas la fin du processus. Au contraire, il en constitue seulement le début". L'ancien président, partenaire diplomatique de la communauté internationale avant d'en être l'un des parias les plus haïs, sera dans un proche avenir le premier chef d'Etat jugé par une instance judiciaire internationale. Ce qui déplait fortement à ses partisans : ils étaient 10 000 à manifester vendredi soir devant le parlement yougoslave, sans incident, à l'appel du Parti socialiste (SPS), aux cris de "Trahison" et "Tueurs de l'Otan".

Folle nuit

Ce qui aurait pu sembler inimaginable il y a un an, alors qu'il était encore président de la Fédération yougoslave, a été accompli jeudi 28 juin 2001 : Slobodan Milosevic a passé sa première nuit au centre pénitentiaire de l'ONU à Scheveningen, banlieue de La Haye, Pays-Bas. Exfiltré de Belgrade dans la plus grande discrétion à bord d'un hélicoptère militaire puis d'un avion Orion, via Tuzla en Bosnie-Herzégovine, l'inculpé Milosevic a ensuite été transporté par hélicoptère de l'aéroport militaire de Valkenburg à la prison du TPI. Des images tournées par la chaîne néerlandaise NOS montre une silhouette aux cheveux blancs encadrée par deux hommes, sans doute menottée, s'avançant vers le bâtiment pénitentiaire, en pleine nuit, dans la cour centrale (Cliquez ici pour voir la vidéo).

Après avoir subi un examen médical, pris connaissance de ses droits et intégré sa cellule, Slobodan Milosevic se verra remettre l'acte d'accusation n°IT-99-37 "Milosevic et al." rédigé par l'ancien procureur Louise Arbour, sous les chefs de "crimes contre l'humanité et violations des lois et coutumes de la guerre" pour sa responsabilité dans la guerre du Kosovo. Une acte élargie à de nouvelles investigations, qui ont amené les autorités serbes à déterrer ces dernières semaines des centaines de cadavres d'Albanais tués par l'armée yougoslave en 1999, parfois dans les environs de Belgrade. Comme l'a rappelé le procureur Del Ponte, un acte d'accusation portant sur les guerres de Croatie et de Bosnie est en préparation et sera produit à l'automne. Mardi matin à 10 heures, Slobodan Milosevic comparaîtra en public devant une chambre du TPI. Lui sera lue l'intégralité de l'acte déjà rédigé, à propos duquel il aura l'occasion de plaider coupable ou non-coupable.

Crise à Belgrade

Derrière lui, l'ancien président laisse un pays divisé et une classe politique amère. Le transfert éclair de Slobodan Milosevic au TPI a été ordonné en urgence par le gouvernement de Serbie présidé par le réformateur Zoran Djindjic, en dépit des résistances du président fédéral Vojislav Kostunica. Celui-ci a en effet gravement critiqué son allié serbe, dans une allocution télévisée jeudi soir, estimant que la décision du gouvernement serbe ne pouvait "être qualifiée de constitutionnelle et de légale" et constituant même "une menace sérieuse contre l'ordre constitutionnel de l'Etat".


Vojislav Kostunica - DR

Peu auparavant, sur la chaîne nationale RTS, le pragmatique Zoran Djindjic avait tenu à expliquer que "le gouvernement de la Serbie a été contraint de protéger les intérêts de la Serbie, car une interruption de la coopération avec le TPI aurait eu des conséquences négatives incommensurables pour l'avenir de notre pays". Comme il était prévisible, en fin d'après-midi de vendredi, le Premier ministre fédéral Zoran Zizic, membre du Parti socialiste du peuple monténégrin, a démissionné, entraînant la chute du gouvernement yougoslave.

Après que la Cour constitutionnelle eut "suspendu l'application" du décret permettant un tel transfert, adopté de haute lutte la semaine dernière par le gouvernement, les démocrates serbes ont opéré un coup de force politique, à la veille de l'ouverture d'une conférence vitale pour l'économie exsangue du pays (Cf. notre article "Belgrade rencontre les chéquiers internationaux"). La crise au sommet est aiguë désormais, sans que l'on puisse se hasarder à des pronostics sur l'avenir de la coalition qui a mis à bas l'ancien régime en octobre dernier.

Par Léonard VINCENT le 30 juin 2001 à 19:21
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