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Syrie : Nizar Nayyouf réapparaît

Edité par
le 22 juin 2001 à 17h52
Temps de lecture
4min
Photo (c) Reporters sans frontières

Crédits : INTERNE

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MondeA peine un mois et demi après sa libération, le journaliste syrien Nizar Nayyouf dit avoir été enlevé par des hommes cagoulés, mercredi soir à Damas, avant d'être libéré dans la nuit. Malade, handicapé, quasiment aveugle, il continuait de déranger inlassablement le régime. Des informations contradictoires circulaient sur sa disparition.
Mercredi 20 juin, 18 heures, en pleine rue à Damas. Six hommes armés ont surgit autour du journaliste syrien Nizar Nayyouf. Ils lui ont passé une cagoule sur la tête et l'ont conduit de force dans un lieu inconnu. Probablement atteint d'un lymphome, meurtri par des années de prison et de tortures, ne se déplaçant que sur des béquilles à cause de ses vertèbres brisées par la torture dite de "la chaise allemande", l'homme se rendait à l'hôpital pour y faire un bilan de santé. Libéré au milieu de la nuit dans une localité proche de son domicile, il a expliqué dans la matinée au correspondant d'une agence de presse française qu'il avait été enlevé par des agents des services de sécurité syriens, qui l'auraient "menacé au sujet des informations [qu'il] comptait révéler". Selon les informations recueillies par l'Association mondiale des journaux en effet, Nizar Nayyouf "s'apprêtait à donner des informations dans le cadre d'une conférence de presse à propos des crimes supposés commis par des agents des services secrets syriens à l'intérieur et à l'extérieur du territoire syrien".

UN OPPOSANT CELEBRE

Rédacteur en chef du mensuel Sawt al-Démocratiyya ("La Voix de la démocratie"), publication du Comité de défense des libertés démocratiques en Syrie (CDF), une association de défense des droits de l'Homme, il avait été condamné en 1992 à dix ans de prison et à la suspension de ses droits civils pour avoir dénoncé des violations des droits de l'Homme dans son pays. Le journaliste a reçu plusieurs prix en Occident, comme la "Plume d'or de la liberté" décerné par l'AMJ, le "Prix Reporters sans frontières - Fondation de France" et le "Prix de la liberté de la presse" de l'UNESCO. Le 2 juin, il a encore été distingué par le prix de journalisme italien "Ilaria Alpi".

A peine un mois et demi après avoir été libéré de la prison de Mezze, dans la nuit du 6 au 7 mai derniers, au terme de neuf ans de détention pour avoir rédigé un tract dénonçant des fraudes et des exactions à l'occasion des élections de 1991, Nizar Nayyouf avait disparu sans que l'on sache pourquoi, ni précisément comment. A quelques jours de la visite en France du président syrien Bachar el-Assad, les scenarii les plus contradictoires et les plus extravagants circulaient, allant du "coup monté" à l'initiative isolée des services secrets, souhaitant semer le trouble au sommet du pouvoir.

Zones d'ombre

Virginie Locussol, responsable du bureau Moyen-Orient de Reporters sans frontières, n'avait pas été surprise jeudi par la disparition du journaliste syrien, lauréat de plusieurs prix internationaux. "Lorsque je suis allé le rencontrer au début du mois, a-t-elle raconté à tf1.fr, Nizar a évoqué plusieurs fois devant moi sa crainte de se faire arrêter lors de cette visite médicale." Sa famille, contactée depuis Paris, se disait d'emblée persuadée que les services secrets syriens sont les seuls coupables. Mais le gouvernement syrien se disait très vite "pas responsable de sa disparition, qui pourrait être volontaire", sous-entendant que le journaliste avait organisé une fausse disparition.

Depuis sa libération, Nizar Nayyouf était retourné vivre près de Lattaquié, dans une maison isolée au milieu des vignes, près de la côte. Contacté par téléphone le mois dernier, il disait vouloir "être hospitalisé en France ou en Allemagne."  Recevant des journalistes arabes, donnant de multiples interviews, continuant inlassablement à provoquer un pouvoir raide et brutal, il dérangeait. Il disait n'avoir "plus rien à perdre".

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