D'une villa de Belgrade à une cellule de La Haye

Par Léonard VINCENT , le 25 juin 2001 à 16h13 , mis à jour le 25 juin 2001 à 16h36

Le gouvernement yougoslave a entamé lundi le processus de transfert de Slobodan Milosevic au Tribunal pénal international. Neuf mois après la chute de l'ancien régime, c'est un gage important qu'a ainsi donné la Yougoslavie à la communauté internationale. L'ancien maître de Belgrade passera sans doute l'été aux Pays-Bas.

milosevic © INTERNE


Une arrestation spectaculaire - DR
Lorsque les Belgradois ont investi le Parlement, le 5 octobre 2000, sans doute, aucun d'entre eux aurait pu prédire que, moins d'un an plus tard, Slobodan Milosevic serait en passe d'être remis au Tribunal pénal international (TPI) pour y être jugé. Pourtant, tel semble être l'avenir proche de l'ancien président yougoslave aujourd'hui, après des mois de tergiversations, une arrestation spectaculaire, une procédure prétexte et un habile bricolage juridique, mis en place en urgence. Le gouvernement yougoslave n'a pas perdu de temps et a entamé dès lundi après-midi le processus de transfert de l'ancien président yougoslave au Tribunal de La Haye.

Il se pourrait que la signature, samedi, du décret gouvernemental permettant la livraison d'inculpés nationaux au TPI (cf. notre article "Plus rien ne retient Milosevic à Belgrade") coûte cher au gouvernement de Belgrade. La défection, vendredi prochain, des alliés monténégrins du SNP, résolument hostiles au texte, pourrait le faire purement et simplement chuter. Mais ne pas coopérer ostensiblement avec le Tribunal et ne pas se conformer à son statut de membre des Nations Unies aurait pu coûter à la Yougoslavie près d'un milliard de dollars, après que les Etats-Unis eurent menacé de boycotter la conférence des pays donateurs pour les Balkans, qui se tiendra vendredi. Washington a en effet conditionné son aide à l'économie brisée de la fédération à une collaboration pleine et entière du gouvernement de Vojislav Kostunica, peu enclin lors de son accession au pouvoir à traiter le dossier en priorité. Même après que le décret eut été signé, les Etats-Unis ont estimé que Belgrade n'avait pas rempli toutes les conditions pour que l'aide financière promise soit débloquée. La décision américaine de participer ou non à la conférence sera prise mercredi, après que l'ambassadeur à Belgrade eut rencontré le Premier ministre serbe Zoran Djindjic.

CHARNIERS

Ces développements interviennent alors que les autorités de Belgrade multiplient les révélations sur les exactions commises par l'ancien régime de Milosevic. Lundi, quatre charniers d'Albanais du Kosovo ont été identifiés près du centre anti-terroriste de Batajnica, près de Belgrade. Mercredi dernier, le ministre serbe de l'Intérieur, Dusan Mihajlovic, avait évoqué l'existence en Serbie d'un "troisième charnier" contenant les corps d'albanais victimes d'atrocités commises durant la guerre du Kosovo. Deux autres fosses communes avaient été mises à jour depuis mai en Serbie, dont l'une dans la banlieue de Belgrade. "Les commanditaires et les auteurs des crimes de guerre devront répondre de leurs actes" afin de faire en sorte que le peuple serbe ne se sente plus "collectivement coupable", avait opportunément déclaré le ministre.

En apparence, la bataille qui opposait les réformistes de la DOS et les monténégrins du SNP au sein du gouvernement yougoslave était purement juridique. Et c'est sur ce terrain que les avocats de Slobodan Milosevic ont décidé de maintenir la lutte, tout en pointant du doigt l'aspect politique de la précipitation du gouvernement à amender la constitution. Selon l'un de ses défenseurs, Me Vecelin Cerovic, ils ont décidé lundi de faire appel devant la Cour constitutionnelle pour "déterminer le caractère constitutionnel du décret", demandant que toute extradition soit suspendue avant que l'instance ne se prononce.

Extradition annoncée

Pour autant, les chancelleries occidentales et les institutions internationales se réjouissent tour à tour, depuis samedi, de ce qu'il est désormais convenu d'appeler "le décret sur le transfert de Slobodan Milosevic au TPI". Le signataire du texte, le vice-Premier ministre fédéral Miroljub Labus, a quant à lui assuré que le délai d'application du décret était "très court". Le Premier ministre de Serbie et leader réformiste Zoran Djindjic, a évoqué un délai de "15 à 20 jours", quand son vice-Premier ministre parle, lui, de 10 à 23 jours, cette dernière option étant "le délai juridique maximal, compte tenu des appels (…) si le processus commence lundi".


La villa de Milosevic à Dedinje - DR
Le 17 juillet, au maximum, Slobodan Milosevic pourrait donc être extrait de sa cellule de Belgrade pour être transféré, sans doute sous haute surveillance et en toute discrétion, au centre pénitentiaire de Scheveningen, banlieue de La Haye, Pays-Bas, où le TPI a son siège. Lorsqu'un journaliste a demandé au vice-Premier ministre serbe, lors d'une conférence de presse lundi, si l'ancien dictateur serbe serait le premier citoyen yougoslave livré au TPI, il a répondu : "Je ne veux rien anticiper, mais si l'on tient compte des mérites, Milosevic est très haut sur la liste."

Par Léonard VINCENT le 25 juin 2001 à 16:13
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