Ambiance de guerre froide pour un bouclier brûlant

Par Gérard RANSAY , le 26 juillet 2001 à 18h04 , mis à jour le 25 juillet 2001 à 18h19

La volonté affirmée des USA de mettre en œuvre un bouclier anti-missile (MD) ravive la crainte d'une relance de la course aux armements entre les USA et la Russie. Ni les Européens ni les Russes ne souhaitent une sortie unilatérale de l'Amérique des traités anti-missiles précédents.

bush missiles 3 © INTERNE

Août 2005, 2 heures du matin, à la base radar de l'US Air force de Greensfield en Alaska, les sirènes d'alerte retentissent. Deux missiles balistiques viennent de décoller de Corée du Nord et foncent vers la Californie. La menace est de taille car ces deux lanceurs peuvent être porteurs d'ogives nucléaires. Les opérateurs de service préviennent leurs collègues du Stratégic Air Command qui activent la totalité des systèmes de poursuite automatique des 100 missiles de défense installés après 4 ans de tractations entre le président Bush, la Russie et l'Union Européenne (UE).

Le premier missile des assaillants est détruit au-dessus de l'océan et le deuxième, après quatre interceptions ratées, finit sa course dans la banquise. Aussitôt le président Bush donne ordre aux sous-marins nucléaires stratégiques de la flotte US de lancer leurs missiles nucléaires à têtes multiples sur Pyongyang la capitale coréenne. Un conflit majeur vient juste de démarrer malgré les efforts des diplomates de l'ONU pour régler les différends entre les deux nations.

Ce scénario catastrophe fait partie des multiples arguments que les généraux américains avancent pour que les USA mettent en place un "bouclier" capable de stopper les missiles en provenance des "Etats voyous", c'est à dire des pays qui, selon les Etats-Unis ne respectent pas les règles de conduite des pays démocratiques. En tête de la liste actuelle figurent la Corée du Nord, l'Iran, l'Irak. Le principe est simple, installer des bases d'alertes avancées en divers point stratégiques du globe, l'Alaska, le Groenland, le Japon, la Turquie par exemple. Sur ces bases on trouve des radars très sophistiqués, et des missiles intercepteurs capables d'aller détruire des missiles ennemis avant qu'ils ne pénètrent dans l'espace aérien américain.

Négociations âpres sur les modalités d'un nouveau traité

Le problème du bouclier anti-missile américain remet en cause les fondements même du traité de limitations des armements stratégiques (ABM) datant de 1972 et promettait d'être un point d'achoppement des entretiens entre Bush et Poutine au cours du sommet de Gênes. Contre toute attente, les présidents américain et russe ont convenu à Gênes, de lier les discussions sur le projet américain de bouclier antimissile à la réduction des armements stratégiques.

Mme Rice, conseiller du président Bush pour les affaires de sécurité, rencontrera donc Vladimir Poutine jeudi afin de définir un calendrier et un cadre de consultations. Les Américains ont réaffirmé leur volonté de diminuer leurs arsenaux nucléaires en échange de l'accord de la Russie sur le bouclier anti-missile, destiné à contrer non pas une menace russe, mais un raid éventuel "d'Etats incontrôlés." Il ne fait aucun doute que Mme Rice devra déployer toute son habileté pour convaincre les diplomates russes du bien fondé du projet de bouclier américain.

Par Gérard RANSAY le 26 juillet 2001 à 18:04
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