Compte à rebours pour Karadzic et Mladic

Par Léonard VINCENT , le 05 juillet 2001 à 11h19 , mis à jour le 05 juillet 2001 à 11h33

Le Premier ministre de l'entité serbe de Bosnie s'est rendu à La Haye pour assurer le TPI de sa volonté de coopérer avec lui. En cavale depuis six ans, Radovan Karadzic et Ratko Mladic pourraient bientôt rejoindre Slobodan Milosevic et ses 38 co-détenus au centre pénitentiaire de l'ONU.

yougoslavie bosnie tpi poster wanted milosevic karadzic mladic © INTERNE


Les deux entités de Bosnie - DR
En regardant la comparution de Slobodan Milosevic en direct à la télévision, Munira Subasic est un peu déçue. "J'ai l'impression que seule une toute petite partie de la justice est rendue", confie-t-elle, aux côtés d'autres femmes qui, comme elle, ont survécu au carnage de Srebrenica. Comme Munira, qui préside aujourd'hui l'Association des mères de la "zone de sécurité" de l'ONU tombée aux mains des troupes bosno-serbes en juillet 1995, beaucoup parmi les musulmans bosniaques pensent que deux hommes manquent encore à l'appel de la justice du TPI. En effet, l'ancien chef politique des Serbes de Bosnie Radovan Karadzic et son général Ratko Mladic sont toujours en cavale, apparaissant en Republika Srpska ou en Serbie de temps à autre.

Les autorités de l'entité serbe de Bosnie s'obstinent pourtant à dire depuis quelques semaines qu'elles vont collaborer avec le Tribunal de La Haye. Le Premier ministre Mladen Ivanic a même atterri mercredi soir aux Pays-Bas, déclarant aux journalistes qu'il était prêt à faire arrêter les deux célèbres fugitifs et à les faire transférer au TPI. Il rencontrera jeudi après-midi le président de l'institution onusienne, Claude Jorda, puis le procureur Carla Del Ponte.


Le siège du TPI à La Haye - DR
Sans doute leur expliquera-t-il, comme il l'a fait devant la presse, que la Republika Srpska souhaite "une coopération totale" avec le Tribunal et que, personnellement, il s'attend à "des développements dans un futur proche". Un projet de loi sur la coopération avec le Tribunal, adopté par le gouvernement bosno-serbe, doit encore être validé par le parlement. Dubitatif, un conseiller diplomatique de Carla Del Ponte a toutefois fait savoir que le TPI attendait des, "preuves tangibles" de cette volonté de coopération, accusant les autorités de Banja Luka d'être "depuis six ans (…) un élément essentiel" de la cavale des hommes les plus recherchés d'Europe.

OU SONT-ILS AUJOURD'HUI ?

Doublement inculpés de crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide pour les abominables 43 mois de sièges de Sarajevo et la chute de Srebrenica, Karadzic et Mladic se cachent, parfois sommairement, depuis la signature des accords de paix de Dayton, fin 1995.


Radovan Karadzic - DR
RADOVAN KARADZIC. L'ancien psychiatre et poète, toujours considéré par beaucoup de bosno-serbes comme un héros, est propriétaire d'une grande maison nichée sur les flancs d'une colline à Pale et, selon l'association War Criminal Watch, de la station service "Sincop" à Banja Luka. Aperçu récemment dans un bar d'un quartier de Sarajevo à l'occasion du baptême d'un de ses petits-enfants, il reçoit la visite de sa femme Biljana deux fois par mois à Celebici, près de Foca, selon l'hebdomadaire de Sarajevo Slobodna Bosna ("Bosnie Libre"). Lorsqu'il se sent menacé par la Force de stabilisation de l'Otan (SFOR), théoriquement chargée de l'arrêter, il se réfugie près de Visegrad, dans une caserne de l'armée des Serbes de Bosnie (VRS). La radio belgradoise B92, citant un de ses conseillers, croit savoir que Radovan Karadzic serait prêt à se rendre, manquant d'argent pour payer ses gardes du corps. Il aurait même passé ces dernières années à rassembler des documents, permettant de le dédouaner un peu des charges qui pèsent contre lui.


Ratko Mladic - AFP
RATKO MLADIC. Celui qui fut le chef de son armée, le raciste et bruyant général Mladic a, quant à lui, été vu plusieurs fois à Belgrade, en compagnie d'une dizaine de gardes du corps. De notoriété publique, il détient toujours un appartement dans la capitale yougoslave et s'est rendu, jusqu'à l'année dernière, aux matchs de football de l'Etoile rouge de Belgrade. War Criminal Watch affirme que celui qui ne voyait dans les civils musulmans de Srebrenica que des "Turcs" sur lesquels ses hommes tenaient leur "revanche", vit dans un bunker à Crna Rijeka, dans les montagnes près de Jans Pijesak.

Par Léonard VINCENT le 05 juillet 2001 à 11:19
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