Dix ans pour le tortionnaire de Bosanski Samac

Par Léonard VINCENT , le 31 juillet 2001 à 18h22 , mis à jour le 30 juillet 2001 à 18h37

Stevan Todorovic se faisait appeler "Monstrum". Chef de la police serbe d'une ville du nord de la Bosnie, il est responsable de plusieurs meurtres et de nombreuses exactions à l'encontre de Croates ou de musulmans. Verdict rendu par le TPI : 10 ans de réclusion.

Photo Jerry Lampen (AFP) © INTERNE

Stevan Todorovic était cadre dans une usine de meubles en bambou.

Un corps lourd et un visage prognathe, une barbe bien taillée soulignant un crâne dégarni. L'homme se faisait appeler Stiv ou Stevo, parfois même "Monstrum". Jusqu'au 17 avril 1992, jour où les troupes serbes de Bosnie ont donné l'assaut à sa ville natale de Bosanski Samac, au nord du pays, Stevan Todorovic était cadre dans une usine de meubles en bambou. Militairement, il s'agissait pour les paramilitaires serbes d'ouvrir et de sécuriser le corridor de Posavina, reliant la Serbie voisine et les poches sous contrôle serbe en Croatie et en Bosnie occidentale. Pour Stevan Todorovic, nouveau chef de la police de la municipalité nommé par les forces de guerre, de nettoyer la zone des Croates et musulmans qui la peuplaient. En les expulsant par la force ou en les entassant dans des bâtiments collectifs de la ville, dans des conditions terrifiantes et épouvantables. Ce mardi à 16H30, le Tribunal pénal international siégeant à La Haye l'a condamné à 10 ans de réclusion.

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Inculpé par le procureur Richard Goldstone en juillet 1995 en même temps que cinq compagnons de guerre, Stevan Todorovic, 43 ans de nos jours, avait été arrêté par la SFOR en septembre 1998, dans des conditions peu claires. Ses avocats avaient déposé un recours devant le tribunal, estimant que "Monstrum" avait été "kidnappé" dans le centre de la Serbie où il avait trouvé refuge, avant d'être illégalement livré à l'Otan, la nuit, ligoté dans un coffre de voiture et dans l'habitacle d'un hélicoptère. Après deux ans de bataille procédurale, ses défenseurs et l'accusation avaient trouvé un modus operandi, où le procureur s'engageait à requérir une peine entre 5 et 12 ans de prison si l'accusé plaidait coupable du chef de "persécution", constituant un crime contre l'humanité. En conséquence, au terme de sa plaidoirie, l'accusation avait demandé une peine de 12 ans de réclusion. Et ses avocats avaient demandé que sa peine n'excède pas 5 ans.

Aujourd'hui paralysée, la victime a témoigné à charge contre le chef de la police de Bosanski Samac.

Entre autres assassinats, passages à tabac, humiliations diverses et tortures de prisonniers, l'acte d'accusation cite les sévices infligés à Silvestar Antunovic. En juillet 1992, dans le gymnase de l'école primaire de Bosanski Samac, Stevan Todorovic et ses acolytes ont, "à maintes reprises, frappé Silvestar Antunovic avec un gros gourdin en bois." Aujourd'hui paralysée, la victime a témoigné à charge contre le chef de la police de Bosanski Samac. Courtois, respectueux envers la cour et coopératif avec les enquêteurs du TPI, après avoir tempêté contre un "enlèvement brutal", Stevan Todorovic semble avoir aujourd'hui accepté son sort. "Je regrette, a-t-il déclaré à la fin des débats, de ne pas avoir eu le courage d'empêcher les traitements illégaux et humains."

Par Léonard VINCENT le 31 juillet 2001 à 18:22
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