"J'ai gardé Milosevic"

Par Léonard VINCENT , le 26 juillet 2001 à 17h01 , mis à jour le 25 juillet 2001 à 17h12

Un livre fait scandale ces temps-ci en Yougoslavie. Il s'agit des confidences d'un gardien de la Prison centrale de Belgrade, chargé de la surveillance de la cellule 1121 où était enfermé Slobodan Milosevic.

milosevic © INTERNE


L'avis de recherche d'Interpol - DR
Ces jours-ci encore, les librairies de Belgrade exposent en bonne place un livre qui fait scandale. Il relate les petites histoires et les menues anecdotes du passage de l'ancien président yougoslave Slobodan Milosevic dans la cellule 1121 de la Prison centrale de Belgrade, du 1er avril au 2 juillet derniers. Comme s'il s'agissait d'un pamphlet crucial, l'auteur, surveillant de l'établissement, a été révoqué par le ministre serbe de la Justice le 18 juillet, pour avoir "fait quelque chose qu'il n'était pas supposé faire et dont il doit supporter les conséquences". Le Barreau de Belgrade a demandé au procureur l'interdiction pure et simple des mémoires du maton indiscret. Pourtant, entre récits convenus et non-révélations, rien d'explosif ne vient étayer "J'ai gardé Milosevic" de Dragisa Blanusa, dont le quotidien belgradois Glas Javnosti a publié des extraits.

Pour justifier l'écriture de son journal, Dragisa Blanusa écrit dans sa préface : "Je me suis rappelé que la plupart des événements qui se sont déroulés dans cette partie du monde ont été étouffés ou placés sous silence, jusqu'à ce qu'ils soient totalement tombés dans l'oubli."

Calme vieillard

Le détenu n°101980 Milosevic Slobodan, "le plus célèbre prisonnier du monde", est ainsi décrit comme étant "un prisonnier modèle". Il jouissait de la suite "deluxe" d'une aile de la prison surnommée le "Hyatt", une chambre de 4 mètres sur 3,5 disposant d'une douche, d'un cabinet de toilette, d'une baignoire et de l'eau chaude à volonté. Le récit est chronologique, détaillant jour par jour les habitudes de l'ancien maître de Belgrade et citant volontiers de passages de ses conversations avec son épouse.


Photo de propagande
pour Mira Markovic - DR

Lors de ses visites quotidiennes à son époux chéri, Mira Markovic ne s'est d'ailleurs pas attiré la sympathie du personnel pénitentiaire, renvoyant brutalement les surveillants ou ayant des accès de panique, contrairement à son mari. Dragisa Blanusa décrit ces rencontres surréalistes entre les époux Milosevic, leurs tendres caresses du visage, leurs conversations de tourtereaux, leurs mains entrelacées.

On apprend également que Slobodan Milosevic fumait des cigarettes ordinaires, mangeait des haricots et confectionnait lui-même son thé aux fruits, avec une théière électrique autorisé par l'administration. Le portrait tiré par le surveillant est celui d'un homme âgé et calme, "aimant nourrir les pigeons", qui passait le plus clair de son temps à lire ou, couché sur son lit, à regarder le plafond en silence des heures durant. Le surveillant indiscret donne même des détails aussi importants que le fait que Slobodan Milosevic ronfle la nuit ou qu'il aurait déclaré n'avoir "pas l'intention de se pendre", alors qu'on venait de lui confisquer sa ceinture. Certain d'être innocent et de faire l'objet d'une "machination des puissants" à qui il a "tenu tête", ses seules révoltes visaient les responsables de son incarcération : des traîtres, forcément des traîtres. "Si les Shqipetars [termes péjoratifs pour désigner les Albanais] ou les Allemands m'avaient emprisonné, se serait-il ainsi écrié, je m'en serais moqué. Mais mes compatriotes serbes !"

Par Léonard VINCENT le 26 juillet 2001 à 17:01
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