Gênes : le sommet de l'échec

Par F. L. , le 22 juillet 2001 à 19h36 , mis à jour le 22 juillet 2001 à 19h56

Le sommet de Gênes restera celui de la violence, endeuillé par la mort d’un jeune militant. Ce G8 a accentué la fracture entre les 200 000 militants anti-mondialisation et les dirigeants. Un échec pour les deux camps.

Gênes © INTERNE

G8: le résultat des négociations 

Le G8 de Gênes a creusé un fossé ensanglanté entre les chefs d’Etat et de gouvernement des huit pays les plus industrialisés et les militants anti-mondialisation : d’un côté des dirigeants retranchés dans leur bunker, au cœur d’une cité interdite, de l’autre des manifestants massés devant les grilles, et au milieu, des casseurs ultra violents venus pour détruire. De cette alchimie explosive est née le drame qui a coûté la vie, vendredi, à un jeune militant anarchiste, tué d'une balle dans la tête par un carabinier.

A la veille du sommet, toutes les mesures de sécurité semblaient prises : 20 000 policiers et carabiniers étaient chargés d’assurer la sécurité du G8 et la "zone rouge", cœur de la vieille ville avait été évacuée de tous ces habitants. Dimanche soir, la ville panse encore ses plaies et les génois se réveillent engourdis, comme sortis d’un mauvais rêve. Et à chacun de condamner fermement les violences urbaines et de se renvoyer la responsabilité du drame. Un début de polémique commence à agiter l’Italie, certains accusant les forces de l’ordre d'avoir été trop répressives. Quant au policier, auteur du coup de feu, il a été inculpé d’homicide volontaire.

Luttes et discordes

Depuis 1975, date de la réunion du premier sommet à Rambouillet, près de Paris, les temps ont changé. Des contre sommets se sont organisés et les militants répondent toujours plus nombreux à l’appel. A Gênes, 200 000 personnes ont défilé samedi dans les rues pour réclamer l’annulation de la dette des pays du Tiers Monde et s’opposer à l’ultra-libéralisme. Mais pour les leaders de ces mouvements venus de tous les horizons de la société civile, Gênes restera un échec. La grande manifestation qui se voulait être une fête pacifique a été infiltrée par des anarchistes organisés, équipés, rompus aux tactiques de la guérilla urbaine et très violents.

Echec aussi parce que malgré cette mobilisation populaire, les Huit sont restés camper sur leur position. Ils ont refusé d’annuler voir même de réduire davantage la dette des pays les plus pauvres. Et même si une grande partie de leurs discussions a été consacrée à la lutte contre la pauvreté dans le monde et aux moyens de réduire la pollution, le bilan reste très maigre. Le protocole de Kyoto reste toujours bloqué et les actions concrètes envisagées en faveur de l’Afrique sont soumises à une multitude de conditions hypothéquant leur mise en œuvre.

D’une seule voix, les Huit ont rappelé que "les casseurs" avaient "discrédité les manifestations anti-mondialisation" et que rien ne pouvait empêcher la réunion de chefs de gouvernement démocratiquement élus. En contrepartie, ils promettent à l’avenir, des sommets plus ouverts et des partenariats avec la "société civile et le secteur privé" . Mais le sommet canadien de juin 2002 aura certainement bien des difficultés à effacer le souvenir amer de Gênes.

(crédit photo : Afp. photo prise dimanche)

Par F. L. le 22 juillet 2001 à 19:36
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