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Milosevic fera l'impossible pour empêcher tout compromis de la dernière chance avec la Croatie |
Ce n'était rien à côté de ce qui allait se tramer en Bosnie. Là, la communauté "musulmane" était décisive… et divisée. Un homme d'affaires local, Zulfikarpasic, était prêt, avec les communistes locaux, à tenir à bout de bras un territoire unitaire, allié tacite de Belgrade, notamment contre le séparatisme croate, déjà puissant en Herzégovine. Milosevic, là encore, fera ce qu'il fallait pour écarter ce compromis possible (écœuré, Zulfikarpasic partira pour l'Occident) et favoriser la victoire politique de l'islamiste Izetbegovic, pensant que sa seule présence suffirait à interpeller l'Europe de l'Ouest et à justifier la réitération de la politique de démantèlement territorial qu'il avait menée à bien en Croatie. Mieux, il espérait, dans l'embrasement général, provoquer un échange de territoires avec Tudjman : aux Croates environ un tiers du territoire bosniaque, en échange de l'annexion de la Krajina par la Serbie. Pour parvenir à ce résultat digne de Néron, il n'existait qu'une solution : les massacres terroristes ciblés de Musulmans, visant à créer sur le modèle de Chypre deux grandes zones serbes homogènes, au nord et à l'est de la République.
Assassinats ciblés d'opposants en Serbie, règlements de comptes genre Al Capone vis-à-vis d'anciens affidés, tel Arkan, malversations de conserve avec son fils, roi des boîtes de nuit de Belgrade et sa femme (...) pour sauver le "legs du communisme"
Excepté lors de la phase ultime de la guerre, en 1994-1995, lorsqu'il commença à craindre l'irrédentisme de sa créature Karadzic, et sa possible alliance avec son opposition à Belgrade, Milosevic appuya de toute son autorité les exactions des milices bosno-serbes, et de nombreux indices qui seront produits à La Haye permettent déjà d'affirmer que Mladic n'a jamais échappé au contrôle ultime de l'armée serbe et de son chef – notamment lors du massacre de Srebrenica. Viennent enfin les derniers épisodes de sa carrière : assassinats ciblés d'opposants en Serbie même, règlements de comptes genre Al Capone vis-à-vis d'anciens affidés, tel Arkan, malversations de conserve avec son fils, roi des boîtes de nuit de Belgrade, et sa femme, la savante doctrinaire de l'alliance russo-chinoise, pour sauver le "legs du communisme" (!). Et la grandiose "Götter Dämmerung"– plan de partage violent et sanglant du Kosovo qui entraîna l'expulsion des Albanais de la province –, combinée aux menées de son frère et des services serbes en place à Moscou, œuvrant pour hâter la chute de Boris Eltsine et la formation d'un gouvernement russe fondamentalement anti-occidental. En un an, l'échec de cette double provocation planétaire entraînait une fin à la Ceausescu de ce triste sire. Certes, l'opinion et les intellectuels serbes partagèrent, hélas, quelques préjugés – parmi les plus terribles – de leur chef, qu'ils voulurent d'abord à leur tête, avant de ne plus savoir comment s'en débarrasser. Mais – au moins depuis la tardive révolte du président Cosic et du Premier ministre Panic, en 1992 – des forces serbes non négligeables se sont dressées pour le dénoncer.
Un premier procès Milosevic, en Serbie, avec des juges et des témoins serbes, n'aurait-il pas eu l'avantage d'une pédagogie démocratique, quitte à ce qu'il soit suivi, plus tard, d'un second procès, international celui-là, qui serait venu compléter la démonstration ? En effet, qui ne voit que, au-delà du châtiment, c'est avant tout d'exemplarité démocratique que la région tout entière a besoin ? Certes, l'apathie serbe (que l'on prend pour du consentement) aboutit à des réjouissances un peu rapides. Même si aucune personne décente ne peut bouder la punition légitime d'un criminel de semblable envergure, l'hubris politiquement correcte des juridictions internationales ad hoc a sans doute encore frappé : faute de se donner des limites précises, la nouvelle justice internationale se condamne inévitablement à les heurter durement un jour prochain… dans la réalité.
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