"Ce tribunal est un faux tribunal"

Par Léonard VINCENT , le 03 juillet 2001 à 19h41 , mis à jour le 02 juillet 2001 à 20h13

La comparution initiale de Slobodan Milosevic devant le Tribunal pénal international aura duré 13 minutes. L'ancien chef d'Etat ayant d'entrée déclaré l'instance illégale et refusé la présence d'avocats, le Tribunal a considéré qu'il plaidait "non coupable" et levé la séance.

yougoslavie tribunal pénal international tpi milosevic comparution debout © INTERNE


Slobodan Milosevic, ce matin - DR
En costume bleu marine, chemise claire et cravate aux couleurs du drapeau yougoslave, Slobodan Milosevic se tenait debout, mains croisées derrière lui. De chaque côté de sa silhouette massive, deux gardes du Tribunal pénal international, en chemise bleue à manches courtes. La cour est entrée dans un silence pesant. A 10 heures, l'audience a été ouverte par le juge britannique Richard May. En tout et pour tout, l'audience aura duré 13 minutes, au cours de laquelle l'ancien président yougoslave a formellement récusé le Tribunal, accusé les juges de collusion avec l'Otan et insisté sur le fait qu'il ne souhaitait pas d'avocat.

EVENEMENT SPECIAL

— tf1.fr vous propose de suivre en vidéo  la première comparution de Slobodan Milosevic devant ses juges. Invité spécial sur notre plateau, l'ambassadeur yougoslave en France, M. Radomir Diklic, a commenté à chaud ce moment historique.

— Le TPI, le procureur Carla Del Ponte, l'accusé Milosevic : pour connaître les acteurs du procès...
Cliquez ici . 

Slobodan Milosevic, un homme sincère. Portrait d'un chef d'Etat déchu...
Cliquez ici.

A l'ouverture de l'audience, dès lors que le juge May lui a demandé s'il souhaitait nommer un défenseur, Slobodan Milosevic s'est penché vers le micro que lui tendait un garde. En anglais, de sa voix brumeuse, il a asséné l'affirmation que tout le monde attendait : "Je considère que ce tribunal est un faux tribunal, que l'acte d'accusation est un faux acte d'accusation. C'est un organe illégal, qui n'a pas été mandaté par l'Assemblée générale des Nations Unies." Alors que le juge lui demandait s'il souhaitait que lui soit lu l'acte d'accusation, il a rétorqué aussi sec, toujours en anglais : "C'est votre problème." Dans le studio de tf1.fr à Boulogne, l'ambassadeur de Yougoslavie en France, Radomir Diklic, souriait amèrement. "Il ne comprend pas qu'il est prisonnier", confiait-il.

"Le but de ce procès est de produire une justification aux actions violentes commis par l'Otan, a-t-il en outre insisté. Ce soi-disant Tribunal…", a continué l'accusé Milosevic, avant que son micro ne soit coupé. De l'autre côté de la salle d'audience, le procureur Carla Del Ponte patientait, stylo en main, attentive à la traduction simultanée diffusée dans ses écouteurs. La voix de l'ancien président résonnait encore dans la salle. Refusant de se prononcer sur sa ligne de défense, Slobodan Milosevic savait que la cour, comme le règlement le prévoit, allait considérer ce silence pour un plaidoyer de non-culpabilité. "M. Milosevic, s'est agacé le juge May, l'heure n'est pas aux discours. Ce moment viendra."


Le juge Richard May - DR
La procédure n'étant pas formellement respectée, les trois juges ont toutefois dû se concerter plusieurs fois. Le président Richard May a enlevé ses écouteurs, éteint son micro et a finalement décidé que les rebuffades et les défis lancés par l'ancien président signifiaient qu'il plaidait bien "non-coupable". Les procédures préliminaires au procès, dites de "mise en l'état", ont été ajournées à la semaine démarrant le 27 août. La séance a été levée. Slobodan Milosevic a attendu que les gardes lui indique poliment qu'il devait maintenant quitter la salle. Au signal, il a tourné le dos à la cour et est sorti par une petite porte. Il a regardé sa montre et a murmuré : "Oh… Dix minutes."

Par Léonard VINCENT le 03 juillet 2001 à 19:41
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Monde
  

Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

      logAudience