Les autorités chinoises "découvrent" le sida

Par Franck LEFEBVRE , le 24 août 2001 à 07h00 , mis à jour le 23 août 2001 à 17h52

Le ministère chinois de la Santé admet pour la première fois que le pays est "très sérieusement" touché par l'épidémie de sida. Il reconnaît plusieurs dizaines de milliers de cas. Mais selon les médias chinois, dans certains villages du Nord, 65% de la population serait contaminée.

carte chine © INTERNE

Jusqu’à présent, officiellement, la Chine n’était que peu touchée par l’épidémie de sida. Les campagnes d’information étaient inexistantes : ainsi, au mois d’avril dernier, une étude de la Commission nationale du Contrôle des naissances avait révélé que près de 20% des Chinois ignorait jusqu’à l’existence de la maladie, et que 70 % de la population ne savait pas comment se protéger contre les risques de transmission. Mais le mur de silence qui entourait les victimes chinoises du VIH se fissure. Le vice-ministre de la Santé Yin Dakui a admis jeudi que la Chine était "très sérieusement" touchée – tout en précisant cependant que seul le Nord du pays était concerné par l’épidémie, et plus particulièrement la province du Henan.

Le ministère chinois de la Santé reconnaît désormais que l’épidémie est en forte progression : selon ses chiffres, le nombre de porteurs du VIH aurait augmenté de 67,4% en un an, avec 3.541 cas signalés au cours du premier semestre 2001. Au début du mois, le gouvernement a d’ailleurs décidé de lancer un plan de lutte contre la maladie, qui devrait coûter 12 millions de dollars par an. Des aveux officiels qui admettent enfin l’importance de l’épidémie – mais qui restent sans doute largement en deçà de la réalité. Car la presse chinoise a déjà signalé le cas de certains villages, dans la province du Henan, où le taux de contamination avoisinerait 65% de la population… Selon des experts indépendants, 500.000 à un million de personnes pourraient avoir été infectées par VIH dans cette seule province.

La Chine a son scandale du sang contaminé

Cette propagation du virus a été largement facilitée par la vente de sang à des officines non officielles – ce qu’a également reconnu jeudi le vice-ministre chinois de la Santé, en indiquant que, selon des "recherches préliminaires", entre 30.000 et 50.000 personnes avaient été contaminées par ce biais. Mais il a indiqué que selon certains experts chinois, le chiffre pouvait atteindre 100.000. La mise au point survient alors que plusieurs journaux locaux et la presse étrangère ont largement fait état des méthodes dangereuses de collecte du sang dans certaines régions rurales de Chine où de nombreux paysans sont d'ores et déjà séropositifs.

Ils avaient vendu leur sang au début des années 90 à des banques du sang "illégales" qui mélangeaient le produit des différentes prises de sang dans un seul récipient avant d'en extraire le plasma, revendu aux hôpitaux. Le reste était réinjecté aux donneurs, une façon de rassurer les Chinois qui redoutent traditionnellement de perdre leur énergie avec leur sang… "Rien que le mois dernier, un vaste réseau clandestin de collecte de sang a été découvert", a indiqué jeudi Sun Xinhua, un responsable du ministère de la Santé.

Par Franck LEFEBVRE le 24 août 2001 à 07:00
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