Boat people cherchent terre d'asile

Par Léonard VINCENT , le 29 août 2001 à 00h00 , mis à jour le 28 août 2001 à 16h31

Le sort de 438 clandestins, sauvés du naufrage dimanche par un navire norvégien au large des côtes de l'Australie, est toujours incertain. Refusant de retourner en Indonésie, la plupart des réfugiés ont entamé une grève de la faim. La Norvège a saisi les instances internationales pour faire pression sur l'Australie qui refuse de leur donner asile.

Photo : Phil Oakley (AFP) © INTERNE

"Ils se sont comportés de manière agressive et nous ont dit qu'ils ne voulaient pas retourner en Indonésie."

Ayant donné l'assaut à bord de trois canots pneumatiques rapides, des commandos d'élite australiens sont montés il y a quelques heures dans le cargo norvégien "Tampa", au large de Christmas island. A bord se trouvent 438 réfugiés, en majeure partie afghans. Le navire faisait route vers l'île sous souveraineté australienne, malgré la consigne donnée par les autorités de Canberra de rester au large. Devant le refus affiché de l'Australie de laisser accoster le bateau sur ses côtes, la Norvège a porté l'affaire devant les Nations unies et le comité internationale de la Croix Rouge. "Nous n'avons pas demandé d'assistance directe pour le moment, mais nous leur avons donné une idée de la situation extraordinaire qui prévaut à bord du bateau", a expliqué M. Jagland, le ministre norvégien des affaires étrangères.

L'affaire a commencé dimanche, lorsque le capitaine Arne Rinnan, commandant un cargo norvégien assurant la liaison Fremantle-Singapour, a abordé un petit bateau de 20 mètres de long, en perdition en mer au nord-ouest de l'Australie. A bord se trouvaient les réfugiés –  Afghans, Pakistanais et Sri-lankais, dont 22 femmes et 43 enfants, ayant quitté l'Indonésie 10 jours auparavant. Sans attendre, le capitaine Rinnan avait accueilli les réfugiés à bord de son navire. Mais lorsque le cap avait été mis sur les îles indonésiennes de la Sonde, une délégation de cinq hommes s'était mise en colère. "Ils se sont comportés de manière agressive, a raconté le capitaine, et nous ont dit qu'ils ne voulaient pas retourner en Indonésie. Nous étions inquiets pour la sécurité de tous, ils nous ont dit qu'ils n'avaient rien à perdre."

Depuis dimanche dernier, le "Tampa" errait ainsi entre Java et l'Australie. Ayant mis cap sur Christmas island, administrée par l'Australie, le cargo norvégien surchargé s'était vu aussitôt refuser l'accostage par les autorités. Lors des derniers 14 mois, 5.000 demandeurs d'asile montés à bord de 58 bateaux ont trouvé refuge en Australie. De fait, le Premier ministre John Howard a affirmé que les infrastructures de prise en charge des réfugiés dans son pays avaient atteint leur point de rupture. "Il s'agit, selon lui, d'une question de droit international qui doit être réglée par les autorités d'Indonésie et de Norvège."

Imbroglio juridique pour 438 boat people

Le ministère norvégien des Affaires étrangères, de son côté, a estimé qu'il serait "préférable" que le navire puisse accoster en Australie, "puisque le capitaine a reçu une demande d'assistance de la part des gardes côtes australiens". Et l'Indonésie n'a eu de cesse de refuser l'accès de ses ports au cargo norvégien, après avoir fait une timide proposition d'assistance "pour des raisons humanitaires". A Jakarta, le ministre des Affaires étrangères avait réitéré mercredi matin son refus de laisser le "Tampa" accoster dans un port de son pays. L'imbroglio juridique est total. Tournant en rond autour de Christmas island, le "Tampa" ne savait plus où aller. Le capitaine avait fait état de premiers cas de dysenterie et de gale à bord.

"Au moment où ils cesseront de voir Christmas island, ils deviendront fous et ce sera l'émeute."

Refusant obstinément de se rendre en Indonésie, les réfugiés avaient entamé lundi une grève de la faim. Désormais, seules 4 femmes et les 43 enfants acceptaient la nourriture fournie par l'armée australienne, au grand dam des habitants de Christmas island, qui craignaient la pénurie. Contacté par radio, l'officier de transmission du "Tampa", Ramesh Irongar, insistait, lundi, sur l'exigence fondamentale des réfugiés. "Au moment où ils cesseront de voir Christmas island, avait-il affirmé, ils deviendront fous et ce sera l'émeute."

Par Léonard VINCENT le 29 août 2001 à 00:00
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