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La diplomatie du règlement de comptes

Edité par
le 01 août 2001 à 17h25 , mis à jour le 02 août 2001 à 16h25.
Temps de lecture
5min
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Crédits : INTERNE

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MondeLe meurtre spectaculaire de deux chefs du Hamas, et la mort de deux enfants dans l'attaque de mardi à Naplouse, marque une étape inquiétante du conflit israélo-palestinien. Blessés, les Palestiniens crient violemment vengeance. Brutalement menacés, les Israéliens se protègent par l'autodéfense.

L'avis du Shin Beth et de l'intelligence militaire est que Yasser Arafat a le contrôle du terrain.

Durant la réunion de cinq heures tenue mercredi matin par le cabinet de sécurité restreint, autour du Premier ministre israélien Ariel Sharon, le ministre des Affaires étrangères Shimon Peres s'est voulu prudent. Un long briefing détaillé des derniers accrochages et des récentes mesures de rétorsion à l'encontre de certains groupes palestiniens a été présenté par des officiers des services de sécurité. L'avis du service de renseignement Shin Beth et de l'intelligence militaire était que le président de l'Autorité palestinienne Yasser Arafat a le contrôle du terrain, influence et encourage les actes de terrorisme.

Shimon Peres, lui, qui malgré les confrontations et les morts, maintient une ligne ouverte avec certains cercles politiques palestiniens, n'était pas de cet avis. Posant de nombreuses questions aux officiers présents à la réunion, il a tenu à répéter que, selon lui, Yasser Arafat ne tenait pas les activistes du Hamas et du Jihad islamique. Envers et contre tout, il a dû approuver le communiqué final de la présidence du Conseil, stipulant qu'Israël allait continuer sa politique de "liquidations ciblées des terroristes et de leurs commanditaires". Le texte, sans doute sous l'influence des travaillistes du cabinet de sécurité Shimon Peres et Dalia Rabin-Philosof, ne mentionne pas personnellement Yasser Arafat.

Les Palestiniens se radicalisent

Conflit israélo-palestinien
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Que Yasser Abed Rabbo, l'un des principaux négociateurs palestiniens, relation de confiance du premier cercle de l'intelligentsia israélienne pacifiste, décrète qu'Israël a effectué mardi à Naplouse un "dangereux tournant" prouve au moins une chose. Désormais, malgré la méfiance des deux parties, même les plus modérés des Palestiniens ont perdu confiance. "C'est une guerre ouverte qui est menée dans ce pays, a martelé le ministre de l'Information palestinien. Telle est la politique de Sharon. Chaque fois qu'il fait face à une crise politique il la résout par un massacre." Même les habituelles exhortations aux Etats-Unis ne sont plus de mise. Certes, l'administration Bush a condamné l'attaque "provocatrice" de Naplouse, mais, selon Abed Rabbo, "cette condamnation (…) n'avait aucun sens et était inutile. C'est d'actes dont nous avons besoin, et non de mots", a-t-il conclu, comme pour laisser l'espace à une ultime initiative américaine auquel personne ne croit plus.

Divisée et meurtrie, la classe politique palestinienne n'a en effet plus d'autre choix que de s'emporter contre l'apathie américaine et la brutalité israélienne, tout en appelant à une action vigoureuse de la communauté internationale. Mais un symptôme de la panique existe : cela fait plusieurs fois que la direction palestinienne ou le Fatah doit se fendre d'un communiqué de démenti, après qu'un de ses groupuscules eut tenu des propos plus belliqueux qu'il n'est d'usage.
 

"La clique sioniste de Bush [subira] un châtiment international sanglant pour qu'elle paie le prix de son soutien aux crimes de Sharon."
Branche armée du Fatah

Mais elle peut aussi, à l'image d'un groupe armé du Fatah de Yasser Arafat, affirmer que les "Bridages des martyrs d'Al-Aqsa" allaient désormais frapper les "sionistes et leurs alliés américains à l'intérieur de l'entité sioniste et partout où se trouvent ses alliés", promettant "à la clique sioniste de Bush un châtiment international sanglant pour qu'elle paie le prix de son soutien aux crimes de Sharon". Ou encore, comme Hussein El-Sheikh, l'un des chefs du Fatah en Cisjordanie, déclarer le cessez-le-feu théoriquement en vigueur depuis le 13 juin définitivement "mort", annonçant qu'à compter de ce jour, l'organisation de Yasser Arafat, le Hamas et le Jihad islamique allait coopérer pour agir contre des cibles israéliennes. On ne sait pas si la hiérarchie de l'Autorité palestinienne soutient cette annonce ou la condamne, mais il est désormais clair que les Palestiniens sont profondément divisés, y compris parmi les modérés.

Appel à une intervention de parti pris

Si tel était l'objectif d'Ariel Sharon, il pourrait aujourd'hui savourer sa victoire. La ligne de défense de l'Etat hébreu, face à la condamnation internationale et à la furie arabe, est que, selon les services de sécurité, les deux chefs du Hamas tués à Naplouse préparaient cinq attentats-suicide, dont un "de grande envergure" dans le centre de Tel-Aviv. En réponse, les radicaux palestiniens, de plus en plus soutenus par la classe politique comme par la rue, ont décidé d'appeler de leurs vœux de tels crimes. C'est la diplomatie du règlement de compte, un duel d'Etats cowboys. On croit comprendre qu'Israéliens et Palestiniens s'efforcent d'appeler la communauté internationale, non pas à s'interposer, mais à prendre ouvertement parti. Une impasse, pour qui connaît l'irritabilité américaine et la neutralité obsessionnelle de l'ONU.

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