© INTERNEAu Nigeria, tout peut être faux. Les douaniers, les policiers, les militaires comme les chauffeurs de taxi. Il ne faut pas sortir seul, d'ailleurs il ne faut pas sortir du tout. Il ne faut pas négliger les règles de sécurité, accepter la peur et la corruption. Les employés des sociétés étrangères qui atterrissent à Lagos en sont toujours conscients. La plupart des multinationales exploitant les immenses ressources du pays remettent à leurs expatriés une fiche de consignes. Elle détaille la marche à suivre pour vivre au Nigeria, le pays noir le plus peuplé du monde, l'un des plus gros producteurs de pétrole de la planète, membre influent de l'OPEP, tirant 90% de devises étrangères de la vente d'hydrocarbures. Mais aussi l'un des plus pauvres et sans doute le plus anarchique d'Afrique.
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Quartiers de haute sécurité
A Lagos, galaxie d'îles et de marais sur laquelle une mégapole a été bâtie, la plupart des expatriés mariés et pères de famille sont logés dans un quartier spécial, défendu comme une place forte par une milice privée. Les célibataires, eux, sont souvent logés sur Victoria Island, quartier d'affaires anonyme et isolé du reste de la ville. Dans les grands immeubles abritant les bureaux des compagnies internationales, des appartements leur sont alloués. "Je pensais que les mesures de sécurité allaient cesser une fois dans ma chambre, raconte cet ancien expatrié. Mais non." Assistés de boys, chacun dispose d'une suite dont, souvent, les chambres sont fermées par des barreaux et des cadenas. "Lorsque j'y suis allé, les expatriés se rendaient visite et ne sortaient pas. Ils discutaient de tout : des aventures burlesques et violentes qui leur étaient arrivées ou dont ils avaient entendu parler. Mais aussi d'alcool et de filles, comme souvent." En province, autour des plates-formes pétrolières et des grands chantiers gérés par des compagnies étrangères, les conditions de vie des expatriés sont simples : retranchés dans de véritables bases militaires, ils ont interdiction formelle de sortir.
Dans ce climat de paranoïa et d'ultra-violence, la corruption devient vite une habitude. "On ne sait jamais à qui on a affaire, raconte-t-il encore, mais il est clair que le 'dash' [le bakchich nigérian, ndlr] est une simple manière de vivre. Une liasse de billets avait été allouée à l'homme qui conduisait la voiture blindée que mon entreprise m'avait attribuée." A titre d'exemple, la semaine dernière, un homme d'affaires blanc au volant d'un rutilant 4x4 a doublé une file de voitures bloquées à un barrage routier. Il a alors baissé sa vitre et a donné un billet de 100 nairas à un policier, qui l'a laissé passer. Personne ne s'en cache, du policier au ministre, le "dash" étant souvent présenté comme un "cadeau pour les enfants".
CONSEILS AUX VOYAGEURS Le Quai d'Orsay est clair et déconseille aux voyageurs français "formellement et dans tous les cas" de se rendre au Nigeria. Pour ceux qui s'y rendent malgré tout, la règle est simple. Il est conseillé : "de ne pas quitter son hôtel ou les quartier résidentiels la nuit ; de voyager en convoi de plusieurs véhicules lors de déplacements interurbains ; de se faire escorter par des policiers armés dans les régions sud-est du pays ; de ne pas conduire soi-même son véhicule, les routes étant extrêmement dangereuses en raison des accidents fréquents provoqués par le comportement irresponsable des conducteurs et les nombreuses irrégularités de la chaussée ; de se tenir à l'écart des attroupements (rixes dans les marchés, accidents de la circulation) ; d'éviter de prendre des photos dans les lieux publics ; de ne pas utiliser sa carte de crédit, en raison des risques d'utilisations frauduleuses des empreintes des reçus." |
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