© INTERNEDans l'après-midi de mardi, une unité des Renseignements militaires de l'armée libanaise a opéré une rafle massive d'opposants chrétiens maronites, sans être mandaté par la justice, provoquant un tollé général dans les milieux politiques, universitaires et judiciaires de Beyrouth. Environ 150 dirigeants, cadres et militants du mouvement du général Aoun et des Forces libanaises, ont été arrêtés, sans commentaires, à Antelias, devant l'objectif d'un cameraman amateur, qui a fixé les images d'hommes et de femmes jetés dans des camions militaires bâchés et emmenés au secret dans des permanences de l'armée.
Critiques insupportables
La chaîne libanaise MTV, qui a interrompu ses programmes nocturnes pour diffuser le film, a aussitôt donné la parole à de nombreux responsables politiques outrés, ainsi qu'à l'Ordre des avocats de Beyrouth, le dirigeant aouniste et membre du Barreau, le général Nadim Lteif, faisant partie des raflés. Au titre des griefs contre les opposants chrétiens, la critique de la présence des 20.000 hommes de troupes syriens encore en poste sur le territoire du Liban est sans doute le premier. Les dirigeants de la communauté chrétienne maronite font en effet partie des plus virulents pourfendeurs du maintien des troupes de Damas sur le territoire libanais. Nombre d'entre eux se demandaient d'ailleurs publiquement, mardi soir, si les critiques à l'encontre de la Syrie constituaient "un crime ou un délit".
Mais la plupart des intervenants ont dénoncé une "riposte des services" de renseignements à la visite, dimanche, de hauts dignitaires chrétiens, dont le patriarche maronite Nasrallah Sfeir, dans les montagnes du Chouf, fief des combattants druzes qui, pendant la guerre civile, se sont affrontés aux milices chrétiennes. Bien que cette initiative avait été annoncé comme une "une étape historique sur la voie du dialogue et de la réconciliation", les partisans du leader des Forces libanaises Samir Geagea, aujourd'hui emprisonné pour l'assassinat d'opposants musulmans et chrétiens pendant la guerre, s'étaient alors violemment heurtés aux forces de sécurité. Malgré les appels au calme du cardinal Sfeir, la foule avait notamment scandé "La Syrie hors du Liban !".
Sécurité menacée
Comme pour justifier les arrestations massives, la direction de l'Orientation de l'armée avait publié un communiqué dans la journée, stigmatisant "certains éléments internes [qui] profitent du climat de liberté et de stabilité pour semer le désordre et la zizanie et s’attaquer aux instances [de l'Etat], avec une haine qui n’a rien à voir avec la politique et l’éveil national." L'armée affirmait en outre quelle avait "pris et prendra toutes les mesures légales nécessaires et appropriées pour remettre les choses dans leur contexte et empêcher les atteintes à la stabilité nationale générale en cette phase délicate et cruciale." Dans la soirée, un deuxième communiqué faisait état d'informations selon lesquelles les chrétiens arrêtés préparaient des "manifestations portant atteinte au climat de sécurité et de stabilité", au cours "de réunions non autorisées".
Retour MYTF1
Chargement en cours...




