Macédoine : la paix en suspens

Par Léonard VINCENT , le 06 août 2001 à 17h03 , mis à jour le 03 août 2001 à 17h15

A Ohrid, les parties macédonienne et albanaise étaient parvenues dimanche soir à s'entendre sur la question de la police. Un accord global était annoncé comme imminent. Mais un désaccord de dernière minute lui aurait fait subir un "sérieux revers".

Soalana © INTERNE

L'UCK macédonienne se disait prête, à certains conditions, à déposer les armes. Les parties macédonienne et albanaise étaient en train de s'accorder sur un accord global. L'Otan faisait montre de sa volonté de coopérer avec les belligérants pour veiller à l'application du cessez-le-feu. D'une heure à l'autre, ce qui était en passe de devenir "l'accord d'Ohrid" devait ramener la paix civile en Macédoine. Quand, en milieu d'après-midi lundi, on apprenait, par la voix de l'émissaire américain James Pardew, que, face à une nouvelle revendication de la délégation slave, les discussions avaient subi un "sérieux revers" et que leur conclusion devait être retardée. Peu de détails sur l'ampleur du "revers" n'était disponible, en fin de journée, mais des sources occidentales évoquaient un problème qui mériterait un peu plus de temps à résoudre, alors que la fin des pourparlers était prévue pour aujourd'hui.

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Selon une source diplomatique, les Macédoniens réclament "des garanties" sur la mise en oeuvre, avec l'aide de l'OTAN, du désarmement et du démantèlement de la guérilla albanaise de l'UCK, qui a lancé des attaques en territoire macédonien depuis six mois. MM. Pardew et Léotard ont fait valoir que les questions militaires relevaient de l'OTAN et n'étaient pas un sujet de l'accord-cadre que les deux parties tentent de finaliser à Ohrid.

Espoir vite déçu

Depuis six mois que le gouvernement de Skopje et la guérilla albanaise de l'UCK se battent dans le nord-ouest du pays, jamais un règlement global du conflit ne paraissait pourtant si proche. Dimanche, après près de dix jours de négociations-marathon menées à huis clos, un texte était mis au point, réformant en profondeur la police macédonienne. Mercredi, veille de la fête nationale, un accord sur le statut de la langue albanaise avait constitué une première étape positive. Depuis, on attendait la signature d'un texte définitif.

Dirigées par les émissaires occidentaux à Skopje, l'Américain James Pardew et François Léotard pour l'Union européenne, les discussions avaient repris samedi, après deux jours d'interruption. Les Albanais réclamaient une présence significative des albanophones dans la police et l'instauration de forces de police autonomes dans les régions. Même si des diplomates travaillant avec les délégations à Ohrid admettent que "deux ou trois points restent à régler", un expert albanais du Parti de la démocratie et de la prospérité a cru pouvoir affirmer lundi que les négociateurs étaient "sur la bonne voie pour aboutir à un accord global".

Aussitôt connue l'approche de la signature d'un accord global, l'Otan a fait savoir qu'une force de supervision forte de 35.000 était prête à se rendre en Macédoine dans les 48 heures suivant la conclusion d'un accord de paix. Les hommes de l'Alliance auraient alors pour mission de vérifier l'application du plan de désarmement de l'UCK. L'autre condition, outre la conclusion d'un accord, étant que le guérilleros acceptent de déposer les armes.

DIFFICULTES

Dans ses grandes lignes, le projet d'accord-cadre garantit la pérennité d'un Etat unitaire de Macédoine en échange d'une très large autonomie des collectivités locales. Il améliore la condition des Albanais, dont la langue sera officiellement reconnue au parlement et dans les zones albanophones et qui auront un rôle accru dans la police mais aussi dans tous les rouages de l'Etat, le principe de l'égal accès de tous aux emplois publics étant posé par le texte. Pour les Macédoniens, il était hors de question de perdre le contrôle des forces de l'ordre en zone albanaise.

A Skopje, certains diplomates européens doutent aussi que la guérilla rende toutes ses armes aux soldats de l'OTAN. "Il serait surprenant qu'ils n'en enterrent pas", a déclaré l'un d'eux. Des difficultés peuvent également surgir dans le calendrier d'application du processus de paix. Le président du parlement Stojan Andonov a exclu la semaine dernière toute ratification d'un accord de paix par le parlement tant que "le terrorisme" de l'UCK, selon la terminologie officielle, n'aura pas été éradiqué. L'accord modifiant la Constitution macédonienne, il ne peut entrer en vigueur que si deux tiers des députés l'approuvent. Une fois l'accord ratifié, une série de mesures législatives devront être votées, à la même majorité, ce qui prendra du temps, selon des experts participant aux négociations. Autre pomme de discorde potentielle, le recensement. Un nouveau comptage de la population serait prévu par l'accord. Se posera notamment la question de savoir si les Albanais établis en Macédoine mais originaires du Kosovo seront enregistrés comme des Albanais de Macédoine.

Par Léonard VINCENT le 06 août 2001 à 17:03
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