© INTERNEUne crise cardiaque a tué l'écrivain brésilien Jorge Amado, lundi à Salvador de Bahia. Sans doute l'humanité devrait-elle porter le deuil de cet homme de 89 ans sans accablement, quoique la probable solennité de ses funérailles l'amusait bien avant sa mort, lui qui voyait d'un œil ironique l'heure "de reposer sous les fleurs et les discours".
Car on ne doute pas que les hommages vont pleuvoir, pour distinguer celui qui, pour se décrire, parlait de "l'anti-docteur par excellence ; l'anti-érudit, trouvère populaire, écrivaillon de feuilletons de colportage, intrus dans la cité des lettres, un étranger dans les raouts de l'intelligentsia". Distingué par d'innombrables prix littéraires, à l'exception du Nobel pour lequel son nom était susurré tous les ans, Jorge Amado était, quoi qu'il en soit, le plus grand et le plus populaire des écrivains qu'ait fait naître le Brésil du XXè siècle.
Une jeunesse libre et agitée
| Exprimez-vous dans notre forum Littérature |
Décidé à mener à bien des études de droit à Rio de Janeiro, Jorge Amado devient également journaliste et obtient le titre d'avocat, profession qu'il n'exercera jamais. Il a 19 ans lorsque le dictateur Getulio Vargas prend le pouvoir au Brésil. Il publie peu après son premier roman, Le Pays du Carnaval, dont il refusera 60 ans durant la traduction, faute d'y reconnaître sa voix d'homme. La même année, il intègre le cercle clandestin du Parti communiste brésilien, alors interdit. Exils, fuites, retours, sa vie, dès lors, s'identifie au parcours fantasque et tragique de son pays. Mais il écrit des romans, sa seule pitance, toute sa vie durant.
Emprisonné douze fois, ses livres soumis aux autodafés de la dictature, exilé en pleine Seconde guerre mondiale, Jorge Amado retourne au Brésil en 1943, lorsque le pays rejoint les Alliés. Député communiste en 1945, il n'exercera son mandat et son autorité que pendant trois ans. Dès 1948, un nouveau dictateur, tombeur de l'ancien, décide que les militants de gauche et leurs mentors doivent être opprimés.
Un recommencement
En 1958 paraît un livre majeur, lyrique et vif, Gabriela, girofle et cannelle, où Jorge Amado abandonne le communisme ébouriffé et naïf de sa jeunesse au profit d'une luxuriance ironique, d'une splendeur épique, drôle et barbare. Dans ses livres, les femmes, vertueuses ou de mauvaise vie, les "Maria chacune, toutes passagères embarquées aux escales, ombres fugaces sur les quais du port, de port en port, ronde du vieux marin", prennent de plus en plus la place des utopies socialisantes et des explorations sociales. Ayant pris ses distances avec le Parti (celui de Neruda, pas celui de Thorez), Jorge Amado devient, avec Dona Flor et ses deux maris en 1966, un romancier essentiel de l'Amérique du sud, celle qui donne au monde, à la même époque, le footballeur Pelé, pape noir de l'escuadraõ de ouro et les bossas-novas de João Gilberto, Antonio Carlos Jobim et Vinicius de Moraes.
Marié à une femme écrivain, père de deux enfants, il restera sans doute dans l'esprit de ceux qui savent lire, avec Gabriel Garcia Marquez, Mario Vargas Llosa et Pablo Neruda, l'un des hommes les plus importants du siècle. "J'ai lutté pour la bonne cause, a-t-il écrit, celle des hommes et de la grandeur, celle du pain et de la liberté, je me suis battu contre les préjugés, j'ai osé les pratiques condamnées, j'ai parcouru les chemins prohibés, j'ai été l'opposé, le non, je me suis consumé, j'ai pleuré et j'ai ri, j'ai souffert, j'ai aimé, je me suis diverti."
BIBLIOGRAPHIE 1931 - Le pays du carnaval |
Retour MYTF1
Chargement en cours...




