"Je n'ai que la vérité pour me défendre"

Par Léonard VINCENT , le 30 août 2001 à 15h54 , mis à jour le 29 août 2001 à 16h09

Sans avocat, contestant la légitimité du TPI, portant devant la justice néerlandaise ses accusations de partialité, se disant "fier" de ce qu'il a fait pour la Yougoslavie et crachant son mépris pour l'Otan : tel est apparu Slobodan Milosevic devant le Tribunal pénal international, lors de sa conférence de "mise en état".

yougoslavie serbie tpi slobodan milosevic deuxième comparution GROS PLAN © INTERNE


Le juge Richard May - DR
Le président de la Troisième chambre du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie était méfiant, les traits graves. Dès l'ouverture de la "conférence de mise en état", le juge britannique Richard May a tenu à faire savoir à Slobodan Milosevic qu'il n'était plus "temps de faire des discours". Vêtu de son costume sombre, d'une chemise bleu clair et d'une cravate aux couleurs du drapeau yougoslave — celle qu'il portait lors de sa comparution initiale le 3 juillet dernier —, Slobodan Milosevic n'a pas dit un mot pendant la première demi-heure de l'audience. Sur le papier, la séance devait porter sur l'avancée de la procédure et la vérification de la bonne tenue des échanges entre la défense et l'accusation, en prévision d'un futur procès dont la date n'est pas fixée.

Trois points de procédure

Carla Del Ponte et son équipe ont ouvert les débats. Deux points ont été soulevés, conformément à la procédure. Sur tous ces points, le juge May, la main posée sur l'interrupteur du micro posé devant lui, a pris des décisions dans la foulée. Le procureur a commencé par demander que l'acte d'accusation soit réellement porté à la connaissance de Slobodan Milosevic, celui-ci ayant fait savoir qu'il n'avait pas lu la copie qui lui a été remise. Dans la mesure où l'acte d'accusation allait être amendé et que, comme le bureau du Procureur l'a fait savoir, il sera élargi au motif de "genocide" le 1er octobre aux crimes commis en Croatie et en Bosnie, la chambre a considéré que cette question devra être abordée lorsque les textes seront complets.


Carla Del Ponte - DR
La parole a ensuite été donnée au procureur-adjoint, "plus au fait des questions procédurales", selon Carla Del Ponte. Celui-ci a alors demandé, dans un langage technique complexe et en s'appuyant sur des articles du code de procédure, qu'un avocat soit nommé d'office pour assister l'ancien président. Réaffirmant que Slobodan Milosevic avait "clairement fait savoir qu'il souhaitait se défendre lui-même", le juge May a convenu qu'un avocat devait être nommé, non pour "défendre l'accusé", mais pour "assister la cour".

Affrontements verbaux

Puis le flegmatique juge Richard May s'est tourné vers l'accusé. Durant toute l'intervention de Carla Del Ponte et de son adjoint, Slobodan Milosevic a ostensiblement affiché une moue perplexe, ennuyée et hautaine. "M. Milosevic, a dit le juge May, existe-t-il des points que vous aimeriez soulever ?" S'en est suivi une joute verbale crispée entre l'ancien président yougoslave, révolté, acide, déclamant ses accusations dans un anglais de bonne facture et de sa voix brumeuse, et le juge May, les yeux baissés, les lèvres serrées. A son tour, Slobodan Milosevic a pris la parole, d'abord pour savoir si la cour le "laisserait parler", ou si, "comme la première fois, son micro serait coupé". Le juge May lui a fait savoir que s'il abordait des questions "pertinentes" et conformes aux règles, il serait autorisé à parler.


Slobodan Milosevic - DR
Milosevic s'est alors plaint de ses conditions de détention, de l'isolement inique dans lequel le maintient "cet emprisonnement illégal". "Pourquoi suis-je isolé de ma famille ? a-t-il martelé. Pourquoi les visites de ma famille sont-elles surveillées ? Pourquoi surveille-t-on mes entretiens avec mon petit-fils de deux ans et demi ?" Son intervention, ponctuée des récapitulations du juge May, s'est de plus en plus tendu. Se tournant vers les journalistes présents dans la salle d'audience, Slobodan Milosevic s'est emporté. "Tous les jours je lis des mensonges sur moi. Peut-être la presse voudrait-elle connaître la vérité ?" Le juge a rappelé que les règles de détention interdisait tout contact avec les journalistes. L'ancien président a alors réitéré son saint mépris pour "cette institution illégitime", cet "outil politique" au service de l'Otan agresseur, manipulateur des médias et de l'ONU. Face à cette "mécanique" destructrice, Milosevic a affirmé que, lui, n'avait que "la vérité" pour se défendre.

Deux fois, le juge May lui a répété qu'il avait "déjà soulevé ces questions" et que la cour "les avaient prises en considération". Avec combativité, il a dit que la cour "n'était pas disposée à écouter ces arguments politiques". Mais Milosevic s'est entêté, a continué à déclamer ses accusations. Sèchement, le juge britannique a levé la séance, a quitté son siège et a reporté la prochaine audience au 29 octobre. Milosevic s'est levé lui aussi. Irrité.

LA CONFERENCE DE MISE EN ETAT

Organisées en principe tous les quatre mois, les conférences de mise en état permettent au juge du TPI qui les préside "d'organiser les échanges entre les parties de manière à assurer une préparation expéditive du procès", indique le règlement de procédure. Avant l'ouverture du procès d'un accusé, l'accusation doit notamment communiquer à la défense les éléments de preuves qui ont servi à établir l'acte d'accusation, puis des copies des déclarations des témoins qu'elle compte utiliser pour étayer son dossier. La défense peut alors mener sa propre enquête pour répondre aux accusations du Procureur. Elle doit ensuite, toujours avant le procès, indiquer quelle sera sa ligne de défense et annoncer quels seront les témoins qu'elle compte appeler à la barre. Lors de cette phase, des différends peuvent surgir entre les avocats et le bureau du Procureur. Ces différends peuvent être alors traités par les juges lors de la conférence de mise en état. Cette audience permet aussi à l'accusé de "soulever des problèmes liés à son cas", que ce soit dans le domaine de ses conditions de détention où même de sa condition physique et mentale". Jusqu'à présent, la durée des conférences de mise en état a varié d'environ une demi-heure à deux ou trois heures.

Par Léonard VINCENT le 30 août 2001 à 15:54
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Monde
  

Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

      logAudience