Attentats suicides : l'analyse d'un pilote militaire

Par Matthieu DURAND , le 13 septembre 2001 à 16h53 , mis à jour le 12 septembre 2001 à 17h18

Un ancien général de l'armée de l'air française, qui a piloté plusieurs gros porteurs, revient sur la prise de contrôle des avions en vol et les réactions possibles des autorités. Ecoutez ses propos.

attentat avion tour new york usa septembre 2001 © INTERNE

La rédaction de tf1.fr a contacté un ancien général de l’armée de l’air française, qui a souhaité conserver l’anonymat. Il explique comment les attentats-suicides ont pu être commis et quels sont les moyens de réaction dont disposent les autorités militaires et civiles.

tf1.fr : Il y a un débat actuellement sur le degré d’entraînement nécessaire pour mener des opérations suicides comme celles qui se sont déroulées aux Etats-Unis. Vous avez piloté des avions civils tels que des Boeing. Quel est votre avis sur la question ?

"Bien évidemment, il faut avoir un minimum de connaissances sur le fonctionnement d’un avion et des notions de base de pilotage mais, à mon avis, cela ne demande pas des qualités très poussées de pilotage car les phases les plus délicates, qui sont les tenues d’éléments, le décollage et l’atterrissage, ne sont pas concernées. Il s’agit de prendre le contrôle d’un avion en plein vol et de l’emmener sur une cible, ce qui est à la portée de quelqu’un qui est sommairement entraîné. Il faut bien entendu savoir désenclencher le pilote automatique, savoir réaliser un certain nombre de manœuvres mais cela ne demande pas un entraînement très pointu."

"Prendre
le contrôle
d’un avion en vol
est à la portée
de quelqu’un
qui est
sommairement
entraîné"

tf1.fr : Combien de temps peut durer la formation de pilotes-suicides sur des appareils commerciaux ?

"Disons, quelques mois."

tf1.fr : Face à une telle opération suicide, quelles sont les mesures que peut prendre un commandant de bord ?

"Elles sont relativement limitées à partir du moment où les gens qui détournent l’avion sont parvenues au cockpit. La priorité est, bien sûr, d’essayer de sauver l’avion et la vie des passagers."

tf1.fr : Pensez-vous que les forces militaires et les autorités politiques puissent prendre la décision d’abattre un appareil en vol dans une situation comme celle qu’ont connu les Etats-Unis hier ?

"Je crois qu’il faut effectivement atteindre ce degré d’urgence, de tension, de gravité pour en arriver à des décisions comme celle-ci. Une telle décision sera prise au niveau politique. Il est possible qu’un Etat prenne cette décision si on est sûr que c’est un moindre mal et qu’il faut absolument stopper l’avion."

tf1.fr : La France est-elle préparée contre ce type de terrorisme ?

"A partir du
moment où
un avion est
à 3 mn du
centre d’une
ville et où
il est détourné,
il est trop tard."

"Les forces aériennes sont entraînées à ce genre de choses. La défense aérienne est une mission permanente de l’armée de l’air ; elle s’entraîne tous les jours. Très régulièrement, nos pilotes de chasse doivent aller intercepter des avions qui ne se sont pas identifiés ou qui traversent l’espace aérien sans autorisation. Cela se passe en général très bien. Le cas de figure d’hier est très particulier. Tout le monde s’accorde à dire que c’était un scénario qui n’avait jamais été envisagé, même par les plus pessimistes."

tf1.fr : La configuration de New York, qui est très proche des aéroports, a rendu cette tragédie possible. Un tel événement pourrait-il se produire en région parisienne ?

"La solution la plus facile pour les gens qui veulent réaliser ce genre d’attentats, c’est de le faire dans des villes qui sont à proximité des aéroports (...) Pour éviter une réaction des autorités, il faut que cela se passe très, très vite, donc il faut que le trajet de l’avion entre le moment où il est détourné et le moment où le forfait est accompli soit très court. Paris, avec Roissy et Orly, se trouve dans une telle configuration, comme beaucoup d’autres villes. En fait, la seule vraie protection passe par le renseignement et la prévention en amont. Le renforcement de la sécurité passera par un filtrage plus important dans les aéroports, par des mesures de sécurité. A partir du moment où un avion est à trois minutes du centre d’une ville et où il est détourné, il est trop tard."

Cliquez ici pour écouter l'interview

 

Par Matthieu DURAND le 13 septembre 2001 à 16:53
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