"Back to business ?"

Par Gilles SABRIE , le 17 septembre 2001 à 08h18 , mis à jour le 17 septembre 2001 à 08h58

Après un week-end passé entre rassemblements d’hommages aux victimes, soutiens aux sauveteurs et informations télévisées, les New Yorkais s’apprêtent à reprendre une vie « normale » dans un Manhattan défiguré. Pas facile pour tout le monde…

drapeau manhattan © INTERNE

Depuis vendredi mon quartier est rouvert. Plus besoin de présenter ses papiers pour aller et venir. Les magasins sont ouverts et approvisonnés, les véhicules circulent normalement. Beaucoup de camions chargés de gravats, de voitures de police et parfois des jeeps de l'armée. Les établissements scolaires de Chinatown accueillent à nouveau les écoliers. Bref, presque un retour à la normale.

Partout des bannières étoilées, symbole d'unité nationale, fleurissent sur les vitrines, les véhicules officiels et civils mais aussi sur des taxis souvent conduits par des pakistanais et indiens récemment installés à New York.


Nous sommes constamment à l'écoute de la télévision et les messages annonçant la présence de terroristes dans le pays ainsi que la possibilité de nouvelles attaques ne font rien pour diminuer l'angoisse qui nous étreint depuis Mardi.  "War, War, War" se font écho les tabloids et les chaînes de télévision.

 Exorciser l’horreur


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Chacun essaie cependant de reprendre ses activités habituelles, mais il est difficile d'échapper à "ça". Les attentats occupent l'essentiel de nos conversations : récits vécus répétés à l'infini, rapports de victimes dans nos relations suivant la loi des six degrés de séparation, débats prospectifs sur un avenir qui inquiète. Un besoin d'exorciser l'horreur par la parole.

Au delà même des conversations, la vie quotidienne a changé pour ceux d'entre nous qui habitaient le quartier financier. Depuis Mardi, Andrew hébèrge David et son chien. Pas facile dans un petit appartement new yorkais. Trixie et Johan se sont installés dans le bureau de ce dernier, leur appartement se trouvant dans un immeuble qui menace de s'effondrer.

Les secouristes applaudis

Ce week-end, aux bords de l'Hudson river, des milliers de personnes sont venues encourager les secouristes. Au loin, au milieu de la fumée, on aperçoit les grues de ce qui est devenu un énorme chantier. Des montagnes de bouteilles d'eaux minérales et de vivres destinées aux secouristes se sont accumulées, marquant l'impressionant mouvement de solidarté des new yorkais. Chaque véhicule qui passe est applaudi à tout rompre. Les drapeaux sont agités avec ferveur. Certains font le V de la victoire et des petits groupes scandent "USA ! USA !".

Ces élans nationalistes, peu surprenants après un tel événement, ont leurs effets pervers. Une bannière "America love it or leave it" a éte placée dans un square de Spring Street. Samedi, un homme brandissait une pancarte "Shame on you" (honte à vous) en face d'une mosquée de l'East Village. Un policier est rapidement intervenu pour faire déguerpir l'énergumène.

 « New York, New York » entonné à Union Square


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A Union Square, c'est toujours le recueillement et la paix qui dominent. Des bougies, des photos de disparus à perte de vue. La statue de George Washington s'est couverte de drapeaux, son socle est devenu un support de symboles pacificistes et de messages "Peace and Love", "Never again".... Au moment où j'arrive, un choeur spontané entonne le "New York, New York" de Frank Sinatra, "If you can make it there, you can make it anywhere", bientôt suivi d'un "God Bless America". Un peu plus loin, une centaine de personnes s'est assise par terre : la communauté tibétaine de la ville se recueille. Un moine, face au groupe qui reprend ses mantras, fait tourner son moulin à prières.

Dimanche, Giuliani, le maire de New York, donne une conférence de presse. Après l'annonce déprimante de l'absence de rescapés pour la journée, il salue le courage de ses administrés mais surtout les exhorte à "surmonter l'émotion et la douleur". "La vie de la ville continue...Reprenez vos activités habituelles".


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Back to business ? Pas si facile pour certains de mes amis. Christina n'ira pas travailler lundi, ses bureaux situés dans le Financial District ne sont pas assez sûrs pour être de nouveaux occupés. Vendredi, la société de Ted, une petite entreprise d'information boursière, a licencié douze personnes. Il a de la chance, il ne fait pas partie du lot. Joel, devra travailler chez lui. Il a du faire de la place aux employés de sa société qui étaient au World Trade Center. Johan, architecte, n'a plus de travail. Tout ses chantiers, situés downtown, sont interrompus.

Parmi d'autres, une catégorie professionelle très particulière, celle des petits délinquants, a entendu l'appel du maire ; hier soir, on a tenté de voler mon vélo. Presque rassurant.

Par Gilles SABRIE le 17 septembre 2001 à 08:18
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