Le clergé islamique tranchera le cas ben Laden

Par Léonard VINCENT , le 17 septembre 2001 à 20h16 , mis à jour le 15 septembre 2001 à 20h32

Une délégation pakistanaise, conduite par le chef des services secrets, s'est rendue lundi en Afghanistan pour tenter de faire fléchir les chefs taliban. Face à la pression de son allié et les menaces américaines, le chef suprême des taliban a convoqué les chefs religieux pour prendre une décision finale.

afghanistan arabie saoudite ben laden et soldats nuit © INTERNE

C'est dans un climat d'extrême inquiétude et de rumeurs de guerre imminente qu'une délégation pakistanaise s'est rendue lundi en Afghanistan pour une première — et probablement ultime — mission de la dernière chance. De hauts responsables du Pakistan, conduits par le directeur des puissants services secrets, le général Mahmood Ahmad, se sont d'abord rendus à Kandahar pour des entretiens qualifiés de "positifs" par un porte-parole des taliban. Le mollah Abdul Hai Mutmaeen, à l'issue des premiers entretiens qui ont duré trois heures, a assuré que l'extradition d'Oussama ben Laden n'avait pas été évoquée en termes clairs et précis, la réunion ayant abordé "d'autres aspects du sujet". "Nous sommes confiants à 60% que les choses seront normales", a pourtant assuré le responsable taliban, alors que la délégation du général Ahmad devait encore rencontrer le chef militaire et le chef suprême des miliciens au pouvoir à Kaboul.

KANDAHAR, DEUXIEME CAPITALE

Kandahar, deuxième ville du pays à 500 kilomètres au sud-est de Kaboul, est le centre historique du pays pachtoun et le lieu de résidence du Mollah Omar et d'Oussama Ben Laden. La ville tire son nom d'Alexandre le Grand (Alexandrie d'Arachosie), fondateur de la ville au VIè siècle avant J.C. Les taliban sont partie prenante d'un mouvement nationaliste pachtoun, ethnie majoritaire de l'Afghanistan, revendiquant la souveraineté sur le pays, au détriment des Tadjiks, des Ouzbèkes ou encore des Hazaras chiites. Son aéroport, construit par des Américains au début des années 50, a été pendant l'occupation soviétique une base importante de l'Armée rouge. En 1994, elle devient le QG des taliban. Près de la moitié de ses 200.000 habitants auraient fui, par peur des représailles.

La délégation pakistanaise comprend des représentants des Affaires étrangères, des services de renseignement militaires et du ministère de l'Intérieur. Sa mission était ardue. Ses conséquences sont révélatrices du réel pouvoir que détiennent les services secrets pakistanais sur les taliban, alors que leurs liens étroits sont inlassablement dénoncés, depuis des années, par la résistance, commandée jusqu'à la semaine dernière par le commandant Massoud.

Et, de fait, le mollah Omar a quelque peu fléchi, lui qui s'était toujours montré intraitable, quelles que soient les pressions exercées sur son régime. Il a décidé de consulter le clergé islamique, mardi à Kaboul, et de s'en remettre à son avis pour traiter le "cas ben Laden".

Pression

Sans doute la pression internationale était-elle trop forte sur la junte militaire pakistanaise pour que son chef, le général Musharraf (photo), se décide à engager des pourparlers avec les taliban. Mais sans doute sait-elle aussi qu'il lui faut maintenir un équilibre périlleux, alors que les islamistes radicaux pakistanais menacent quotidiennement de renverser le pouvoir. Plus de 30 partis réunis lundi à Lahore ont décidé de former un "Conseil pour la défense de l'Afghanistan et du Pakistan", selon des participants au conclave. Ces partis religieux ont déclaré "considérer toute attaque américaine contre l'Afghanistan comme une attaque contre le Pakistan" et ont averti les autorités qu'une éventuelle coopération pakistanaise avec les Etats-Unis pourrait provoquer une guerre civile. Ils ont appelé à des grèves et à des manifestations à partir de vendredi prochain pour forcer le général-président à revenir sur sa décision.

Se sachant menacés, les autorités pakistanaises n'avaient pas voulu préciser si ce "soutien" impliquait l'octroi aux Etats-Unis de l'usage de son espace aérien ou terrestre pour une attaque de l'Afghanistan, estimant que ces questions étaient prématurées. On sait d’ores et déjà que des consultations sont engagées entre Washington et Islamabad sur les modalités pratiques de ce soutien et qu'elles pourraient se limiter au transfert d’informations sur le mouvement de ben Laden. Toutefois, une cinquantaine "d'experts" américains appartenant aux unités des forces spéciales avaient, par anticipation, atterri à Islamabad, dans la nuit de jeudi à vendredi.

Par Léonard VINCENT le 17 septembre 2001 à 20:16
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