Le FBI traque le réseau terroriste

Par Léonard VINCENT , le 14 septembre 2001 à 00h00 , mis à jour le 13 septembre 2001 à 11h38

Les enquêteurs s'efforcent de démanteler le réseau responsable des attentats de New York et Washington. Colin Powell a désigné Ben Laden comme principal suspect. Interrogé par le FBI, un suspect affirme que son identité lui a été volée.

policiers attentats © INTERNE

Etant donnée l'ampleur de l'attaque terroriste dont les Etats-Unis ont été les victimes mardi, le FBI a déployé des moyens d'investigation considérables. Même si, jeudi, Colin Powell a officiellement désigné Oussama Ben Laden comme le principal suspect, aucune piste n'est négligée et aucun détail n'est considéré comme secondaire, même les mégots de cigarette trouvés aux abords des voitures louées par les suspects. D'abord les chiffres : 4.000 agents fédéraux, 3.000 logisticiens et plus de 400 scientifiques ont été mobilisés. Les enquêteurs estiment que jusqu'à 50 personnes ont été impliqués dans le complot. 40 ont été identifiés et localisés, alors qu'une dizaine seraient toujours en cavale. Le FBI évalue à 27 le nombre de suspects ayant reçu une formation de pilotage, en Floride et en Californie. A bord des avions détournés, les commandos étaient formés de 3 à 5 pirates.

Les agents fédéraux ont d'abord demandé aux compagnies aériennes la liste intégrale de tous les passagers des vols qui se sont écrasés sur le World Trade Center, le Pentagone et une forêt de Pennsylvanie. Ils ont contacté l'entourage de chacun, recueilli le maximum d'informations sur leur destination, leur lieu de résidence, leur passé, leurs familles. Ils font visionner les cassettes de vidéosurveillance de nombreux aéroports, épluchent les relevés et les écoutes téléphoniques, les documents bancaires, interrogent tous ceux qui ont pu rentrer en contact, même purement visuel, avec les suspects. Ils ont demandé à AOL et d'autres fournisseurs d'accès de leur remettre tous les emails envoyés ou reçus par les hommes identifiés.


Ameer Bukhari - (c) CNN
LES FRERES BUKHARI. Et de fait, l'enquête progresse rapidement. Apparemment, selon CNN et le Los Angeles Times les pirates de l'air ne se connaissaient pas, de manière à ce qu'ils ne puissent livrer des informations cruciales s'ils étaient capturés. Chacun avait une tâche précise et un rôle, qu'il devait endosser dès que le signal lui était donné. Dans un premier temps, le FBI a pensé que, parmi les terroristes identifiés, figuraient deux frères porteurs de passeports saoudiens et titulaires de licences de pilotes. Une Nissan Altima a été louée mardi à l'aéroport Logan de Boston, avec laquelle ils se seraient rendus dans le Maine, où ils ont enfin pris à 6H00 un vol de US Airways qui les a ramené à Boston. C'est alors qu'ils auraient embarqué à bord des vols qui allaient semer la mort, une heure plus tard.

UN RESIDENT FRANCAIS SOUPCONNE

Un Franco-Algérien de 31 ans, parti prendre des leçons de pilotage à Boston, aux Etats-Unis, intrigue la police américaine qui vient de demander à la France des renseignements sur son passé dans le cadre de l'enquête sur les attentats de New York et Washington. Cet homme, qui a fait plusieurs voyages en Afghanistan et pourrait "oeuvrer pour le Jihad", un mouvement islamiste radical, avait pris des cours de pilotage au mois d'août dernier à Boston. Ses questions ont intrigué les instructeurs, qui s'en sont ouverts à la police. Celle-ci a découvert que l'"élève" était en possession d'un faux passeport et l'a donc arrêté. L'homme, dont l'expulsion vers la France, prévue début septembre, a pris un peu de retard, était toujours détenu aux Etats-Unis jeudi. Selon des sources bien informées, l'homme est fiché au FPR (fichier des personnes recherchées), au titre des "mis en attention". Dans le jargon policier, être "mis en attention" signifie que si des forces de l'ordre tombent sur cet homme, elles ont pour consigne de ne pas l'interpeller mais de signaler sa présence. Né à Saint-Jean-de-Luz (Pyrénées-Atlantiques), l'homme est domicilié au pays basque français. Il n'aurait rien de particulier à son casier judiciaire.

Des indices trouvés dans la voiture des deux hommes ont laissé penser que deux hommes disant s'appeler Adnan Bukhari (photos ci-dessus, sur le site de CNN) et Ameer Abbas Bukhari habitaient, avec femme et enfants, dans une maison de location à Vero Beach, Floride. Le propriétaire de leur logement a affirmé que la famille Bukhari avait entretenu des rapports avec leur voisin et sa famille, et que Adnan et son voisin s'étaient présentés comme des pilotes de l'air de Saudi airlines venus se perfectionner. Le mystérieux voisin a déménagé le week-end dernier, la famille Bukhari à la fin du mois d'août.

Mais, selon les informations obtenues par tf1.fr, le dénommé Ameer Bukhari est mort dans une collision d'avion, le 11 septembre 2000, un an jour pour jour avant l'attaque sur New York et Washington. Alors étudiant au centre de formation Flight Safety et effectuant son premier vol en solitaire, son Piper Cherokee est entré en collision avec un Piper Aztec piloté par un aviateur américain confirmé de 31 ans, non loin de l'aéroport international de St. Lucie, en Floride.

Le FBI s'est empressé d'interroger un homme répondant au nom d'Adnan Bukhari et qui affirme, via son avocat, après s'être rendu de lui-même aux enquêteurs, que son identité et celle de son frère leur ont été "volée". S'il confirme l'information selon laquelle l'un des frères Bukhari est bien mort l'année dernière, l'avocat du prévenu affirme que son client n'a rien à voir avec les détournements. Vendredi, leFBI affirmait enfin qu'Adnan Bukhari était hors de cause et qu'il collaborait avec les autorités.

PISTE ALLEMANDE. Mais l'enquête a permis d'identifier deux autres pilotes, présents à bord des avions crashés sur le World Trade Center : Mohammed Atta, 33 ans, et Marwan Yousef Alshehhii, 23 ans, apparemment porteurs de passeports des Emirats arabes unis et munis de visas de travail aux Etats-Unis. A l'intérieur de la Mitsubishi blanche louée par Atta et retrouvée dans le parking de l'aéroport de Boston, un manuel d'apprentissage du pilotage rédigé en arabe et le nom d'un centre de formation de Floride. Les deux hommes ont appris, pour la somme de 10.000 dollars chacun, le pilotage de petits appareils de type Cessna et Piper Seneca de juillet à novembre 2000 au centre Huffman Aviation de Venice, Californie. Les enquêteurs ont découvert en outre qu'un permis de conduire américain avait été délivré à Mohammed Atta au mois de mai dernier, alors que l'homme était déjà possesseur d'un permis égyptien.

Ils s'étaient présentés à leur instructeur comme des Afghans ayant vécu en Allemagne. Les autorités allemandes ont confirmé jeudi matin que ces deux auteurs présumés des attentats avaient vécu à Hambourg, où des perquisitions ont été effectuées, une femme présente dans l'un des appartements repérés et un clandestin "d'origine marocaine" travaillant à l'aéroport ont été arrêtés. L'homme a été relâché vendredi. Une information judiciaire a été ouverte en Allemagne sur une "association constituée au début de l'année à Hambourg avec des personnes d'origine arabe aux convictions islamistes fondamentalistes, demeurant dans la ville". Le but de l'association était "d'attaquer les Etats-Unis en détruisant de manière spectaculaire des bâtiments hautement symboliques, en collaboration avec d'autres groupements islamistes fondamentalistes à l'étranger", a ajouté le procureur général fédéral devant la presse.

FLORIDE, ZONE D'ENTRAINEMENT. Une foule de détails constituent encore le puzzle d'une enquête colossale, qui peu à peu trace les grandes lignes du scénario. Trois autres personnes ayant vécu en Floride et qui sont mortes dans un des appareils de la compagnie American Airlines ont également fait l'objet des recherches du FBI, selon le Miami Herald : Abdoulatif el-Omari et deux frères, Wail el-Shehri, 28 ans et Walid el-Shehri, 25 ans. Ce dernier aurait eu une licence de pilote. Par ailleurs, les services de renseignements américains ont intercepté deux coups de téléphones, après l'attaque de mardi, où des membres du groupe Al-Qaeda d'Oussama Ben Laden aurait mentionné "deux cibles touchées".

Autre piste suivie par le FBI : un ingénieur saoudien au nom de Amer Mohammad Kamfar, résidant jusqu'en février dernier à Vero Beach, Floride. Il vivait dans la maison voisine de celle d'un citoyen américain nommé Hank Habora, avec sa femme et ses quatre enfants et avait suivi, lui aussi, des cours de pilotage au centre Flight Safety. En février dernier, Kamfar a déménagé brutalement "à bord d'une camionnette verte". M. Habora a raconté au Los Angeles Times que ses voisins avaient alors tout jeté à la poubelle, leurs vêtements, leur mobilier et leur vaisselle. "C'étaient de bons voisins, s'étonne-t-il. Ils étaient calmes, leur pelouse était tondue. Ils sortaient leurs poubelles à l'heure."

Par Léonard VINCENT le 14 septembre 2001 à 00:00
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