Israël : scrutin douteux au parti travailliste

Par Léonard VINCENT , le 04 septembre 2001 à 16h39 , mis à jour le 04 septembre 2001 à 16h49

Les membres du parti travailliste israélien ont voté mardi pour désigner leur nouveau chef, après la déroute électorale et la démission d'Ehud Barak. Deux hommes étaient en lice, Avraham Burg et Binyamin Ben Eliezer. Burg serait en tête, alors que son rival dénonce des "fraudes".

israel travaillistes avraham burg binyamin ben eliezer © INTERNE

Le scrutin au terme duquel devait être désigné le nouveau président du parti travailliste israélien se déroule mal. Dès mercredi matin, le ministre de la Défense et candidat à la direction du mouvement Binyamin Ben Eliezer a dénoncé, lors d'une conférence de presse retransmise en direct sur la radio publique, des "fraudes électorales" et a exhorté le parti à mettre en place "une commission de vérification du scrutin présidée par un juge". Appelant à son rival Avraham Burg à se joindre à lui, il a affirmé qu'il y avait "eu vol, je le souligne, il y a eu vol, c'est un scandale politique majeur qui éclabousse le parti", en s'étonnant du fait que 80% des électeurs druzes n'avaient pas voté pour lui. Quoi qu'il en soit, après le dépouillement de 99% des 60.000 bulletins valides, le président de la Knesset Avraham Burg menait de moins de 1%, soit 1.124 voix.

Sondages flous

Les deux candidats au poste de président du parti travailliste israélien étaient sûrs que, mardi soir à la clôture du scrutin, ils seraient vainqueurs. Sondage secret contre projection hasardeuse, Binyamin Ben Eliezer et Avraham Burg se sont affrontés, parfois de manière cinglante, jusqu'aux dernières heures de la campagne. Antagonistes mais néanmoins alliés dans l'idée de refonder un parti naufragé, le ministre de la Défense et le président de la Knesset s'étaient présentés ce mardi matin devant les 117.206 membres de leur parti. Après une campagne terne et poussive, on s'attendait à ce que seuls 50% des militants en droit de voter viennent s'exprimer.

Conflit israélo-palestinien
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Les derniers sondages rendus publics signalaient un net rétrécissement des 30% d'avance dont Avraham Burg bénéficiait il y a quelques mois. Certes, leur objectif commun est de réformer le parti de l'ancien Premier ministre Ehud Barak, démissionnaire à la fois de la tête de son mouvement et de la vie politique en général, après sa déroute de février face à Ariel Sharon. Mais Ben Eliezer, mélange de patriotisme ferme et de pragmatisme compassionnel, et Burg, religieux libéral et partisan d'un accord global et immédiat sur un Etat de Palestine, incarnent tout de même deux alternatives bien distinctes pour le grand parti de gauche d'Israël.

L'actuel ministre des Affaires étrangères israélien Shimon Peres, vrai patron des travaillistes, n'avait voulu accorder son soutien ni à l'un ni à l'autre candidat. Il en était allé de même pour les hauts responsables du parti, comme les anciens ministres et négociateurs Shlomo Ben Ami, Haim Ramon ou Ra'anan Coehn. Seul Ehud Barak avait soutenu officiellement la candidature de Binyamin Ben Eliezer, son rival Avraham Burg ayant, de toutes les façons, été l'un de ses aiguillons les plus vifs lors de son passage au pouvoir.

Campagne incertaine

Les deux hommes, seniors de la vie politique israélienne, avaient adopté durant leur campagne des attitudes différentes. Avraham Burg a passé une grande partie de son temps sur le terrain — et notamment auprès de la communauté arabe —, s'efforçant de faire valoir un point de vue apaisé de la situation. Sans doute n'avait-il pas voulu négliger les 12.000 électeurs arabes ou druzes du parti. Ni laisser retomber le soutien dont il bénéficie naturellement chez les kibboutzim et les mochavim [membres de villages collectivistes et de villages coopératifs, ndlr]. Sa victoire offrirait aux défenseurs des accords d'Oslo une place forte dans la vie politique de l'Etat hébreu.

A l'inverse, une victoire de Binyamin Ben Eliezer, marqué par sa bonne connaissance de Tsahal et des questions de sécurité, signalerait un net fléchissement à droite du parti. Toutefois, il bénéficie d'un plus grand soutien des maires israéliens, particulièrement puissants pour rallier à lui les voix qui lui manquent pour vaincre sans coup férir. Homme d'expérience et d'appareil, Ben Eliezer peut compter sur sa réputation d'homme de terrain. Les travaillistes n'ont pas seulement à se choisir un chef, ils choisissent aujourd'hui leur nouvelle identité.

Par Léonard VINCENT le 04 septembre 2001 à 16:39
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