Première nuit d'après chaos

Par Christophe ABRIC , le 12 septembre 2001 à 07h08 , mis à jour le 12 septembre 2001 à 07h26

Dans un New-York fantôme et encore sous le choc, les secours s'activent pour trouver d'éventuels survivants George W. Bush a promis de venger les milliers de morts. Pour 86% des Américains, ces attentats constituent un acte de guerre.

[Expiré] [Expiré] Ruines du World Trade Center (WTC) New-York © AFP

La nuit est tombée sur un New-York désert et fantômatique : rues désertes, bâtiments publics cernés par des cordons policiers, bars, restaurants et commerces fermés. Un silence de mort règne dans les rues, tout juste perturbé par le hurlement des sirènes. La gare de Grand Central est vide, les spectacles de Broadway ont été annulés. Dans les quelques bars ouverts, les clients ont tous les yeux rivés vers le poste, où ils revivent les images du drame, suivent les efforts des secours et écoutent les discours de George W. Bush et la compassion des chefs d'Etat du monde entier.

BUSH JURE DE VENGER LES MORTS. Parlant d'un ton grave depuis le bureau ovale de la Maison Blanche, George W. Bush a juré de venger les milliers de victimes des terribles attentats qui ont frappé New York et Washington tout en s'efforçant de rassurer ses compatriotes  et le monde sur la solidité des institutions et de la puissance américaines. "Des milliers de vies ont soudain été fauchées par des actes de terreur  maléfiques et méprisables (...) ces actes meurtriers à grande échelle étaient  destinés à effrayer notre nation en la plongeant dans le chaos et le repli. Mais  ils ont échoué", a affirmé M. Bush, visiblement marqué par l'énormité de la  tragédie. "J'ai donné l'ordre pour que toutes nos ressources en matière de  renseignement et de police retrouvent les responsables et les traduisent en  justice. Nous ne ferons aucune distinction entre les terroristes qui ont  perpétré ces actions et ceux qui les protègent", a-t-il ajouté.

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un peu plus de  huit mois de pouvoir, s'est visiblement efforcé de rassurer non seulement ses  compatriotes, rivés sur leurs écrans de télévision, mais également le reste du  monde, qui a constaté que les Etats-Unis restaient immensément vulnérables au  terrorisme, même sur leur territoire. "Les attentats terroristes peuvent secouer les fondations de nos immeubles  les plus hauts, mais ils ne peuvent pas ébranler les fondations de l'Amérique.  Ces attaques brisent l'acier, mais ne peuvent entamer l'acier de la  détermination américaine", a déclaré M. Bush. Le président a également souligné que les institutions financières américaines "restent solides et que l'économie américaine va tourner également  normalement. Il a assuré que tous les services gouvernementaux rouvriraient  mercredi matin normalement.

LES SECOURS S'ORGANISENT, UN LEGER ESPOIR. Des centaines d'ambulances, des camions de pompiers mais aussi des grues,  des bulldozers et des pelles mécaniques ont été réquisitionnés dans tout l'Etat  de New York et dans les Etats voisins pour participer aux secours. Le maire de New-York, Rudolf Giuliani, a estimé que 300 pompiers pouvaient être morts lors de l'effondrement des deux tours. Quant au nombre de victimes civiles, "elles se compteront en milliers". Une lueur d'espoir, toutefois : six blessés ont été sortis des décombres à New-York, et transférés à l'hôpital. Rudolf Giuliani a en outre précisé que deux personnes avaient joint les secours par téléphone cellulaire depuis les décombres, indiquant que d'autres survivants se trouvaient avec eux. A Washington, on estime que le nombre de victimes tuées par l'explosion au Pentagone se situerait entre 100 et 800 personnes.

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UN ACTE DE GUERRE  POUR LES AMERICAINS. D'après un sondage réalisé par USA Today, 86 % de la population américaine considère ces attentats comme un acte de guerre. 53% pensent qu'ils marquent le début d'une campagne soutenue de terrorisme contre les Etats-Unis qui va durer plusieurs semaines. 78% d'entre eux font confiance à George W. Bush pour faire face à la situation, et une large majorité (71%) jugent préférable d'attendre et d'identifier les responsables avant de mener des représailles. Enfin, pour 87% des personnes interrogées, ces attentats constituent l'événement "le plus tragique", non personnel, qu'ils aient jamais vécu.

DES PRECISIONS SUR LE DETOURNEMENT. Une passagère de l'avion suicide qui s'est écrasé sur le Pentagone a réussi à passer un coup de téléphone avant que son appareil ne s'écrase. D'après son témoignage, les pirates, qui étaient plusieurs, ont détourné l'avion à l'aide de simples cutters et couteaux, grâce auxquels ils ont refoulé les passagers et l'équipage à l'arrière de l'avion. En outre, d'après le gouvernement américain, le nom de proches d'Ouassama Ben Laden, suspect numéro un de ces attentats, figuraient sur les listes des passagers des avions détournés. La police compte perquisitionner les domiciles de personnes inscrites sur ces vols en Floride.

FAUSSE ALERTE. La chaîne d'information CBS 2 a affirmé dans la soirée qu'un camion bourré d'explosifs avait été intercepté alors qu'il roulait en dessous du pont George Washington, qui relie le nord-ouest de  Manhattan à l'Etat voisin du New Jersey. Les autorités ont démenti : un camion a certes été arrêté, mais il ne contenait aucun explosif.

DES IMMEUBLES EVACUES. Non seulement aux Etats-Unis, mais également en Malaisie, où les tours jumelles de Kuala Lumpur et l'immeuble d'IBM ont été évacuées. Par ailleurs, L'Indonésie affirme avoir déjoué deux attentats visant l'ambassade des Etats-Unis à Djakarta.

KABOUL BOMBARDEE. Plusieurs explosions se sont produites dans la nuit de mardi à mercredi dans la capitale de l'Afghanistan Kaboul, quelques heures après que les Etats-Unis eurent subi une attaque terroriste de grande ampleur sur son territoire. Des hélicoptères ont pilonné l'aéroport à la roquette et ont déversé des bombes sur des positions des taliban. Selon l'agence privée Afghan Islamic Press, proche du régime des miliciens fondamentalistes, deux avions des forces taliban auraient été détruits lors du raid.

Alors que beaucoup ont cru à un début de riposte contre le milliardaire terroriste Oussama Ben Laden, le Pentagone a aussitôt nié que les forces américaines étaient engagées en Afghanistan. Ces combats faisaient suite à l'offensive lancée dans la journée par les taliban contre les forces du commandant Massoud, dans la plaine de Shamali, au nord-est de la capitale, pour profiter du désarroi causé par l'absence soudain du chef de la résistance, blessé dans un attentat dimanche. "Nos hélicoptères ont été nous venger", a déclaré mercredi matin le commandant Besmillah, proche du commandant Ahmad Shah Massoud et dirigeant l'un des postes de l'opposition les plus proches de la capitale. "Nous savions qu'ils étaient inquiets d'éventuelles frappes aériennes américaines. Nous avons décidé de saisir cette chance".

Par Christophe ABRIC le 12 septembre 2001 à 07:08
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