© INTERNEPour les services secrets allemands, britanniques, français et israéliens, ce n'est pas qu'un soupçon. Les détails des attentats de mardi "montrent que leurs auteurs proviennent de l'entourage d'Oussama Ben Laden". Les premiers éléments d'enquête, révélés par le Boston Herald, semblent indiquer qu'au moins deux pirates de l'air étaient d'origine saoudienne et que l'un d'eux était pilote. Tout — l'histoire récente, la psychose perpétuelle qui entoure son nom, ses moyens, l'opacité de son organisation — désigne le milliardaire dissident réfugié en Afghanistan, pourfendeur des "terroristes" américains, "civils ou en uniforme" indistinctement.
Le directeur général de la chancellerie allemande, Frank-Walter Steinmeier, a énuméré mercredi ce qui pousse les services occidentaux à voir la main de Ben Laden derrière les actes de guerre commis mardi : "L'apparente motivation, le choix des objectifs, l'approche de type militaire, le professionnalisme de la préparation, la hauteur des ressources financières en jeu et la répétition des attentats."
Certes, attaquer l'Amérique en ciblant le World Trade Center (objectif économique), le Pentagone (objectif militaire) et Camp David (objectif politique) est d'abord un acte hautement idéologique. Mais il a fallu aussi, pragmatiquement, imaginer l'incroyable scénario, repérer les cibles, sécuriser l'opération, trouver et former des hommes prêts à donner leur vie pour semer la stupeur, la terreur et la mort au nom de "La Cause". Cela, Oussama Ben Laden et son organisation, Al-Qaida (la Base), en sont peut-être capables. Sa fortune est estimée à 300 millions de dollars, ses réseaux sont réputés impossibles à infiltrer. De plus, ces réseaux s'appuient sur des groupuscules disparates, aux revendications différentes, pour opérer. Mais l'ampleur de l'attaque coordonnée de lundi sur New York et Washington dépasse de loin celle des précédentes opérations des groupes de Ben Laden, considérés par les Etats-Unis comme les auteurs de nombreux attentats anti-américains à travers le monde.
Déductions policières
Bref, comme dans le plus banal des polars, des faisceaux de présomption désignent Ben Laden ou "son entourage". Il a un mobile sérieux, des moyens financiers, il existe des précédents. Pourtant, de l'avis général, aucun réseau terroriste, aussi puissant soit-il, n'a pu mener à bien cette attaque sans le soutien d'un Etat. Mais lequel ? L'Afghanistan des taliban n'a qu'un "gouvernement" réduit, dirigeant de manière parfois ubuesque un pays terrorisé, isolé et affamé. Les mouvements palestiniens sont à la fois trop pauvres, trop groupusculaires et trop obnubilés par "l'ennemi sioniste" pour commettre de tels actes. Le Soudan, longtemps refuge des Carlos et des Ben Laden, la Libye, calmée et soucieuse de se faire respecter, la Syrie, redevenue indispensable dans le contexte explosif de la crise israélo-palestinienne, ne sont pas soupçonnables. Reste la junte militaire du Pakistan, puissance nucléaire qui soutien hypocritement les taliban. Et l'Irak de Saddam Hussein, sans doute avide de vengeance, dix ans après la Guerre du Golfe.
Toujours est-il qu'Oussama Ben Laden opère depuis les zones d'Afghanistan tenus par les taliban. Il se pourrait que cette hospitalité, dénoncée par Washington depuis de nombreuses années, ne dure pas. L'ambassadeur des taliban au Pakistan a clairement laissé entendre, mardi, que Kaboul étudierait une extradition du milliardaire déchu de sa nationalité saoudienne, si la preuve de sa responsabilité était faite. A vouloir protéger l'ennemi public numéro un, les risques encourus pourraient s'avérer trop grands pour le Mollah Omar, qui dirige, depuis son refuge de Kandahar, les milices fondamentalistes. Mais il reste à savoir si Ben Laden n'est qu'un invité ou s'il est le bailleur de fond et le marionnettiste politique des taliban.
L'Afghanistan sera-t-il pris pour cible ?
Dans ce contexte de demi-certitudes et de frustrantes intuitions, il y a peu de chances que l'attaque du 11 septembre soit revendiquée par ses vrais auteurs, comme, d'ailleurs, la tentative d'assassinat du commandant Massoud de dimanche dernier. La riposte serait alors justifiée, précise et massive. Dans ce silence, les Etats-Unis ne pourront pourtant pas faire l'économie d'une riposte brutale, rapide et motivée. Tout le monde a désormais les yeux tournés vers l'Afghanistan, où Ben Laden entretient des camps d'entraînement et son QG. Le gouvernement afghan en exil, par la voix de son ambassade à Washington, a fait savoir qu'il espérait que "la réponse américaine visera à priver les organisations terroristes de leur sanctuaire en Afghanistan." "Nous ne ferons aucune distinction entre les terroristes qui ont perpétré ces actions et ceux qui les protègent", a affirmé le président américain George W. Bush mardi soir. Même la Russie lui a offert son aide.
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