© INTERNEDans les rédactions, chacun s'attend à voir, d'une nuit à l'autre, s'afficher brutalement les premiers "bulletins" des agences de presse, signalant que l'opération Enduring freedom vient de commencer. La nuit du 11 septembre, à minuit pile, une première dépêche était venue prendre de court les journalistes qui avaient suivi l'attaque terroriste massive de la journée sur New York et Washington DC : l'agence Reuters, relayant les images diffusées en direct sur CNN, annonçait soudain : "Des explosions signalées à Kaboul et ailleurs en Afghanistan." Mais il ne s'agissait que d'une réplique vengeresse de la résistance du commandant Massoud sur l'aéroport de Kaboul, après l'attentat qui avait visé son chef deux jours plus tôt.
Aujourd'hui encore, la question court les bureaux, les rues, les cafés et les restaurants, traverse beaucoup de conversations : "Ça va commencer quand ?" Les rumeurs de guerre sont chaque jour plus précises et tous les experts y vont de leur hypothèse
— y compris les experts de café du Commerce, qui n'ont décidément ni l'oreille des stratèges de la CIA, ni celle des services secrets pakistanais... Les préliminaires ont certes commencé, mais nul ne sait quand "la guerre" débutera.La Grande-Bretagne se prépare
En Grande-Bretagne, le D-Notice committee, rassemblant hauts fonctionnaires, éditeurs de journaux et responsables de médias audiovisuels, a appelé les médias à ne pas divulguer d'informations stratégiques susceptibles de mettre en péril des vies humaines. Les forces américaines se positionnent dans le Golfe, l'est de la Méditerranée et l'océan Indien. Les premières informations, vite démenties, sur la présence de commandos de SAS britanniques en Afghanistan ont été publiées. Les politiques s'efforcent de faire comprendre que la riposte alliée aux attaques du 11 septembre fera des morts. Tout laisse croire que le gouvernement prépare son opinion publique.
Pour sa part, le grand quotidien britannique Daily Telegraph, généralement bien informé sur les questions militaires, croit savoir qu'elle débutera "dans quelques jours". L'une des raisons d'un tel délai est, selon un haut responsable gouvernemental anonyme, "l'absence de renseignements sérieux sur l'endroit où se trouve ben Laden". Malgré l'insuffisance actuelle des moyens présents à proximité de l'Afghanistan pour une opération terrestre d'envergure, le Daily Telegraph affirme que la priorité des stratèges occidentaux serait de neutraliser la pauvre défense anti-aérienne des taliban et de d'assurer le contrôle de l'aéroport de Bagram, à une trentaine de kilomètres au nord de Kaboul. Les moujahidin de la résistance afghane perceraient d'ailleurs actuellement, comme par le passé, un corridor jusqu'à cette base protégée.
Procédures légales
Réunis mercredi à Bruxelles, les ministres de la Défense de l'Otan doivent étudier les propositions militaires américaines, examiner leurs éventuelles requêtes et évaluer leur degré d'implication dans l'opération de riposte. Il reste que seul le Conseil permanent de l'Otan a un pouvoir exécutif sur les forces de l'Alliance atlantique. Aux Etats-Unis, le conflit peut légalement démarrer à tout moment, les députés ayant donné leur aval et débloqué les crédits nécessaires. En Grande-Bretagne, très en pointe dans la coopération avec les Etats-Unis, le Parlement, habilité à engager les forces armées britanniques dans un conflit, ne sera rappelé que la semaine prochaine. En France, Lionel Jospin a promis de saisir l'Assemblée nationale avant tout engagement. De plus, plusieurs pays arabes, comme l'Iran, exigent un aval formel de l'ONU avant le déclenchement d'une attaque. Alors, comme le demandait un enfant à son père, lundi, dans un supermarché parisien, "elle commence quand, la guerre ?"
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