Rumeurs persistantes sur la mort de Massoud

Par Léonard VINCENT , le 11 septembre 2001 à 15h45 , mis à jour le 10 septembre 2001 à 15h56

Les partisans du commandant Massoud démentent formellement les rumeurs selon lesquelles il aurait trouvé la mort. Ils confirment en revanche qu’il a été victime d’un attentat-suicide, perpétré par deux mystérieux journalistes arabes. Mais des sources diplomatiques multiples font toujours état de son décès.

afghanistan massoud taliban afp © INTERNE

Deux jours après l'attentat d'assassinat dont a été victime le commandant Ahmed Shah Massoud, ses partisans démentent formellement les informations selon lesquelles il aurait trouvé la mort. "Massoud est hospitalisé, mais il est hors de danger", a ainsi très vite déclaré le porte-parole de la résistance Jamshed, joint par téléphone satellitaire en Afghanistan. Démentant les affirmations de l'agence russe Itar-Tass et de sources diplomatiques à Washington, Paris et Douchanbé pour qui Massoud serait bel et bien mort, à l’ambassade d’Afghanistan en France, on confirmait au moins lundi soir la thèse de l’attentat. Le propre frère du commandant, ambassadeur à Londres, a expliqué mardi aux environs de 13 heures qu'il venait "de parler aux docteurs et à des proches qui sont à ses côtés en permanence. Il est conscient, il sera bientôt capable de parler."

Attentat meurtrier

OFFENSIVE OPPORTUNISTE

Les taliban, qui contrôlent la quasi-totalité du  territoire afghan, ont profité mardi de l'incertitude sur le sort du commandant  Ahmad Shah Massoud, chef militaire de l'opposition, pour attaquer ses positions  situées à quelques dizaines de kilomètres au nord de Kaboul. "Ils (les taliban) veulent exploiter la situation et avancer, mais nous avons résisté", a affirmé Mohammad Habeel, un porte-parole du chef de guerre. "Ils ont pris quelques postes, mais les ont perdus lors de notre contre-attaque", a-t-il ajouté. Un porte-parole des taliban a confirmé la reprise des affrontements afin, a-t-il dit, de profiter de la "perte de moral" des troupes de Massoud. Les forces taliban ont tenté de repousser la ligne de front que traverse l'ancienne route de Shomali, à environ 25 km au nord de Kaboul, dans la direction de Charikar, capitale de la province de Parwan.

Deux hommes se faisant passer pour des journalistes dépéchés par l'Arab News International, ont fait exploser une bombe alors qu'ils interviewaient le chef militaire de l'Alliance du nord, près de Khodja Bahauddin, dans les montagnes de la province de Takhar, une localité poussiéreuse isolée à mi-chemin du Tadjikistan et du QG de ses troupes, dans les profondeurs de l'Hindou-Koush. Les pseudo-journalistes, qui sont tous deux morts dans l'attentat, s’étaient présentés comme étant d’origine marocaine et étaient munis de passeports belges délivrés à Londres. Il étaient passés par le Pakistan, puis Kaboul, avec un visa taliban en bonne et due forme et avaient déjà pu approcher plusieurs personnalités afghanes sans éveiller les soupçons.

L’explosion a eu lieu à 16 heures locales au moment où les deux hommes installaient leur caméra dans le bureau du général Massoud. On ignore encore si c’est la caméra elle-même ou une ceinture d’explosifs qui était piégée. L'interprète et fidèle garde du corps du commandant Massoud, qui se tenait derrière l'objectif, a été tué sur le coup. L'ambassadeur en Inde du gouvernement légitime, également présent dans la pièce, a été sérieusement touché, tandis qu’un jeune journaliste d’Islamabad a été légèrement blessé.

Intervention radiophonique

Touché "à la jambe gauche au cou et au visage", selon l'ambassade afghane à Paris, le Chef — surnom que lui donnent ses moudjahidin — a été transporté, conscient,  au Tadjikistan voisin et hospitalisé. Avant d'être endormi pour subir une opération, Massoud a délégué le commandement de ses troupes à son adjoint le général Fakhim. Toujours selon ses partisans, les médecins seraient optimistes mais prudents sur l’état de santé du chef de la résistance, lequel serait, selon une déclaration répétée mardi matin, "bien sûr vivant". Le vice-consul d'Afghanistan dans le nord-est de l'Iran, Abdolahad Khalgian, a assuré que Massoud "se portait bien". "Nous avons reçu des nouvelles sur sa santé il y a quelques minutes. Il va mieux. Les nouvelles sur sa mort sont des actes de propagande contre les moujahidin. Les taliban et les Pakistanais cherchent à nous décourager", a-t-il dit mardi matin, tandis qu'une source diplomatique à Paris affirmait à tf1.fr que le président Rabbani était venu lui rendre visite mardi et que ses partisans n'était plus inquiets.

Pour Mehrabuddin Masstan, chargé d‘affaires de l’ambassade d’Afghanistan à Paris, "il s’agit d’une opération sophistiquée et structurée de terrorisme international. Il n’y pas de doute qu’Oussama Benladen est derrière".  Quoi qu’il en soit, ce qui est certain c'est que Massoud, et seulement lui, était directement visé. Interrogé sur les déclarations américaines, selon lesquelles rien ne permettait de connaître avec certitude le diagnostic vital du commandant, M. Masstan a précisé que le général ferait une intervention radiophonique "dans les heures ou les jours qui viennent", dès que les médecins l’autoriseront, espérant ainsi lever toute incertitude sur l'état de son chef.

Par Léonard VINCENT le 11 septembre 2001 à 15:45
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