© INTERNEtf1.fr : Des bombes et des vivres : tel pourrait être le slogan de l’intervention américaine en Afghanistan. George W. Bush l’a annoncé clairement dimanche : "dans le même temps que nous frappons des cibles militaires, nous larguerons des vivres, des médicaments et des provisions pour les hommes, femmes et enfants affamés d'Afghanistan". Qu’évoque pour vous cette conception de la guerre ?
Claude Moncorgé
(1) : L’Afghanistan est aujourd’hui un pays complètement déstructuré, en proie depuis des années à la guerre civile, avec une population qui est largement dépendante de l’aide internationale. Dans ce pays se conjuguent la guerre, des problèmes de sècheresse et de récoltes qui n’ont pas donné depuis trois ans, avec comme résultat une grande insécurité nutritionnelle. La population afghane a donc, évidemment, un besoin crucial d’assistance nutritionnelle et médicale - et cela reste vrai pendant les frappes.Ceci étant posé, à Médecins du Monde
(2), nous sommes très choqués, comme nous l’étions déjà lors de l’intervention au Kosovo, par le fait qu’une intervention militaire ne puisse pas
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tf1.fr : Si l’on en croit Donald Rumsfeld, "les vols humanitaires ont été un succès". Selon vous, quelles conséquences peut-on attendre de ces largages de vivres ?
Claude Moncorgé : Sur le plan de l’impact sur les populations, il est évident que le largage de nourriture ne peut pas être nocif… pour ceux qui peuvent en bénéficier. Mais le résultat est très réduit, et il ne peut prétendre se substituer à une véritable action humanitaire. Il ne faut pas se voiler la face : ce n’est pas parce qu’on largue de la nourriture que la situation des populations s’améliore !
Sur le plan de la communication, là, le résultat est désastreux. Ce ne sont pas ces largages de nourriture qui pourront contribuer à donner une bonne image à une action militaire, à la rendre présentable, mais uniquement la manière dont l’action militaire elle-même sera plus ou moins bien conduite. En prime, ces fameux "bombardements humanitaires" nuisent à l’image des organisations qui travaillent sur le terrain : ils contribuent à semer la confusion et à jeter la suspicion sur les acteurs humanitaires, qui peuvent apparaître comme directement liés aux militaires. La situation est déjà suffisamment compliquée sur le terrain, tant à cause de la situation de guerre que de la présence des taliban : inutile de la rendre encore plus difficile en encourageant ce genre de confusion.
tf1.fr : Mais les "bombardements humanitaires" ne sont pas le seul type d’aide à destination de l’Afghanistan. L’Union européenne devrait ainsi débloquer en urgence une tranche de 25 millions d’euros…
Claude Moncorgé : Il est vrai qu’il s’agit là de sommes énormes… énormes ! Mais il faut savoir que, pendant des années, nos programmes ont continué, vaille que vaille, grâce à des fonds privés, parce que la communauté internationale se désintéressait de l’Afghanistan. Maintenant, au contraire, il n’y en a plus que pour l’Afghanistan : on inonde une région, puis on s’en désintéressera ou on ira ailleurs… On est très, très loin du devoir d’assistance et de suivi des populations qui est le fondement même de toute action humanitaire.
La meilleure garantie de cette volonté affichée d’aider les populations civiles malgré les opérations militaires, ce serait la création rapide de zones sécurisées dans lesquelles les organisations humanitaires pourraient revenir travailler. Bien sûr, si, en plus, on nous donne de l’argent pour ça, ce ne pourra être que mieux…
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(1)
Le Dr Claude Moncorgé a été élu président de Médecins du Monde le 24 juin 2000. Il est entré dans l’association en 1988 en tant que volontaire et a effectué différentes missions au Viêt-nam, en Birmanie, à Cuba, au Rwanda, Ex-Zaïre, Burundi... Après avoir été élu au Conseil d’Administration en 1994 en tant que Secrétaire Général, il est Vice-Président et responsable de la Mission France depuis 1996.(2)
L’organisation Médecins du Monde travaille depuis une vingtaine d’années en Afghanistan. Malgré le rapatriement de ses expatriés présents dans le pays, elle a maintenu des équipes, notamment à Herat et à Kaboul, où elle gère des centres de protection materno-infantile.
Propos recueillis
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