© INTERNE"Avant tout, je tiens à affirmer que les bombardements sont extrêmement précis." C'est par cette phrase qu'a débutée la conférence de presse donnée vendredi matin par le chargé d'affaires afghan à Paris, Mehrabodin Masstan, et l'un des porte-parole du Front uni, Ashmat Froz. Dans l'un des salons luxueux et désuets de l'ambassade de la République islamique d'Afghanistan à Paris, les deux hommes ont exposé la position du gouvernement légitime de leur pays, qu'ils représentent en Occident. Disponibilité de leurs forces militaires, dénonciation inlassable de l'ingérence pakistanaise, initiative politique pour l'après-taliban, appel à l'aide humanitaire : les deux hommes n'ont pas ménagé leurs efforts pour se faire entendre, plus d'une heure durant, quelques minutes après avoir raccroché leur téléphone, grâce auquel ils ont pu prendre les dernières nouvelles du front et les derniers renseignements de leurs espions.
A Kaboul notamment, de nombreux petits commerçants ou colporteurs notent les positions taliban, les dégâts, les propos entendus, et les transmettent par radio ou traversent les lignes de front pour rapporter à leurs commandants ce qui se passe en ville. "Les témoins fuyant Kaboul racontent qu'ils sont impressionnés par le fait que les frappes aériennes sont extrêmement précises et efficaces, enchaîne Mehrabodin Masstan. Bien sûr il y a des dégâts civils inévitables. Mais nous pouvons affirmer qu'aujourd'hui, les forces aériennes et antiaériennes des taliban sont totalement détruites." Selon eux, le ministre taleb de l'Aviation civile, faisant également office de chef d'état-major de l'aviation, serait mort. Le sentiment des kaboulis, affirme le chargé d'affaires, est mitigé. "D'un côté, ils ont peur d'être victimes d'un des puissants bombardements. Imaginez qu'une bombe tombée sur l'aéroport de Kaboul a été entendue à 80 kilomètres. Mais d'un autre côté, ils attendent la libération avec impatience."
Prêts à l'assaut
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Comme il ne cesse de le répéter depuis trois ans, Mehrabodin Masstan s'est une fois de plus élevé contre les "manipulations du Pakistan", qui fait passer "des messages graves" qui sont autant "d'exemples parfaits d'ingérence". Le fait que Tony Blair aille rendre visite au général-président Musharraf pour entériner des projets politiques qui ne concernent que l'Afghanistan le révolte. Le fait que les généraux pakistanais distribuent bons points et opprobres, dès qu'il s'agit du régime dont l'Afghanistan devra se doter après la guerre le scandalise. "Les Pakistanais se comportent comme si l'Afghanistan était une de leur province. Même si des remaniements cosmétiques ont lieu dans les services secrets pakistanais, rien ne change. Ils ont même demandé à ce qu'un représentant du roi se rende chez eux pour leur faire valider l'accord politique que nous avons passé", martèle-t-il
(voir ci-contre).L'Europe et la France absentes
Ashmat Froz, prenant la parole après le chargé d'affaires, insiste, lui, sur le fait que le Front uni est "favorable" au largage d'aide humanitaire sur l'Afghanistan". L'essentiel est qu'une "aide massive — j'insiste sur 'massive'— arrive directement aux Afghans, le plus rapidement possible. La voie aérienne, pourquoi pas ?, continue Ashmat Froz. Dans ces affaires urgentes, il ne devrait pas y avoir de fausse dispute, pas de oui, mais…" Des promesses, ils en ont eu. Mais rien n'est arrivé. Comme d'habitude, "l'Union européenne et la France, à notre grand étonnement, sont totalement absentes." "Songez simplement, conclut Mehrabodin Masstan, qu'aucun représentant du gouvernement français n'est venu signer notre livre de condoléances pour le commandant Massoud. Et que — je l'ai vu de mes propres yeux — des photos de taliban sont accrochés dans des bureaux du Quai d'Orsay."
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