Le Congrès américain touché par l'anthrax

Par Franck LEFEBVRE, le 18 octobre 2001 à 08h09 , mis à jour le 14 octobre 2001 à 08h41

Trente-et-un cas positifs au test de la maladie du charbon ont été signalés parmi le personnel du Sénat. Par précaution, la Chambre des Représentants restera fermée jusqu'à nouvel ordre. Le président Bush va demander le déblocage de 1,5 milliard de dollars pour lutter contre la menace du bioterrorisme.

senat usa © INTERNE

La décision est sans précédent dans les annales de la politique américaine : mercredi matin (soit mercredi peu avant 16 heures, heure française), le président de la Chambre des Représentants a annoncé la fermeture temporaire de la Chambre basse - au moins jusqu'à lundi. Une mesure d’urgence décidée après la découverte parmi le personnel du Sénat de trente-et-une personnes positives au test de dépistage de la bactérie du charbon. Toutes font partie de l’équipe du chef de la majorité démocrate au Sénat, Tom Daschle, qui avait reçu en début de semaine une lettre contaminée au bacille du charbon. Malgré cette annonce, le Sénat devrait, contrairement à la Chambre des Représentants, continuer à siéger.

Un travail de spécialiste

L'examen de la lettre adressée au dirigeant démocrate du Sénat a révélé "une concentration de spores à l'état pur", selon John Parker, qui dirige le laboratoire médical de l'armée américaine dans le Maryland où l'échantillon a été examiné lundi soir et mardi. Une constatation qui a achevé de convaincre les responsables américains que la substance utilisée dans l'attaque est l'oeuvre de spécialistes du bioterrorisme. Cependant, la variété du bacille utilisée pour fabriquer la substance est "commune" et "cette substance a réagi à tous les antibiotiques", a précisé John Parker. La substance n'est donc pas considérée par les experts militaires comme une arme de guerre telle que peut l'être le bacille du charbon modifié génétiquement pour devenir résistant aux antibiotiques.

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Aux Etats-Unis, la peur de l’attaque bioterroriste est désormais dans tous les esprits. Car le cas du Congrès américain n'est pas unique. Selon la chaîne d'information locale en continu  NY1, des spores du bacille du charbon ont aussi été découvertes mercredi dans les locaux du gouverneur de l'Etat de New-York George Pataki. Tommy Thompson, secrétaire américain à la Santé, a indiqué que le président Bush demanderait très rapidement le déblocage de 1,5 milliard de dollars – une somme six fois plus élevée que celle prévue dans le budget 2001 – pour lutter contre cette menace. 643 millions de dollars seront consacrés à la fabrication massive de médicaments ; 509 millions serviront pour la recherche et l'achat de vaccins contre la variole.

John Ashcroft fustige les auteurs de canulars

Mais à cette menace bien réelle se mêle toujours une véritable avalanche de canulars à la maladie du charbon. Les autorités américaines se sont engagées dans une répression sévère de ceux qui s'amusent au milieu d'une alerte nationale au bioterrorisme. "Les canulars au terrorisme ne sont pas des crimes innocents mais des actes destructeurs de la part de lâches", a déclaré l'attorney général John Ashcroft. "Nous poursuivrons les responsables, et nous les punirons pour leurs crimes".

Cet avertissement a été appuyé dans les faits par de rapides actions de la justice, de la Floride au Connecticut ou à l'Arizona. Un employé du département de la Protection de l'environnement du Connecticut, Joseph Faryniarz, risque ainsi jusqu'à cinq ans de prison et trois millions de dollars d'amende pour avoir fait de fausses déclarations à un agent fédéral dans le cadre d'un canular à la maladie du charbon. 800 personnes avaient dû être évacuées d'un immeuble le 11 octobre après la découverte dans un bureau de poudre sur une feuille de papier qui portait le mot : anthrax (maladie du charbon). Douze d'entre elles avaient dû se déshabiller pour être aspergées avec une solution de décontamination, tandis qu'une équipe du FBI spécialisée dans le bioterrorisme se lançait à la chasse d'un bacille mortel qui n'existait pas. Et en Floride, un détenu condamné pour attaque de banque risque d'ajouter 75 ans à sa peine pour avoir envoyé des lettres de menaces au bioterrorisme. D’autres cas similaires se multiplient à travers tout le pays.

Dans le monde entier, la peur de l'anthrax

Les alertes aux lettres suspectes ont également touché le parlement canadien, la chancellerie de Berlin, la Suisse, le Mexique, le Japon, la Nouvelle-Zélande, Israël (avec une nouvelle alerte au Parlement israélien mercredi)... La liste des pays touchés par ces fausses alertes s'allonge chaque jour. La France aussi est concernée. Mais malgré les diverses alertes, le ministre délégué à la Santé Bernard Kouchner a affirmé mercredi que les analyses pratiquées sur les poudres suspectes étaient "négatives" pour "toute la région parisienne". La veille, on avait appris qu’un inoffensif carton d'invitation pour l'inauguration d'une centrale thermique en Allemagne et contenant une simple poudre de charbon était à l'origine de quatre alertes dans des banques parisiennes... En fait, les Etats-Unis restent jusqu'ici le seul pays où la présence de la bactérie a été confirmée. Toutefois, même si aucune épidémie n'a été constatée, l'Organisation mondiale de la santé a appelé à la vigilance son réseau mondial de surveillance.

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Par Franck LEFEBVRE le 18 octobre 2001 à 08:09
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