© INTERNEAprès les diplomates et les experts militaires, les chefs de gouvernement et les ministres occidentaux sont passés à l'action. Après une visite éclair à Moscou qui a de nouveau appuyé les alliés, le Premier ministre Tony Blair s'est rendu au Pakistan vendredi après-midi, tandis que le Secrétaire américain à la Défense est allé en Ouzbékistan, pays frontalier de l'Afghanistan. Donald Rumsfeld, dépêché au Moyen-Orient et en Asie centrale par le président Bush, avait auparavant atterri en Arabie saoudite, Oman et en Egypte pour asseoir la coalition antiterroriste voulue par l'administration américaine, après les attaques du 11 septembre. Ces tournées diplomatiques, rapides et concises, auront au moins permis aux forces alliées contre al-Qaida et le régime taleb de clarifier les positions des uns et des autres, alors qu'une opération de représailles semble imminente.
Dernière mission à Islamabad
Il est désormais de notoriété publique que le Pakistan a mis sur pied, armé et soutenu le régime du mollah Omar depuis sa naissance, en 1994. Le gouvernement d'Islamabad est d'ailleurs le dernier à maintenir une ambassade des taliban sur son sol. Mis au ban du Commonwealth après le coup d'Etat d'octobre 1999 qui l'a porté au pouvoir, le régime pakistanais du général-président Pervez Musharraf est pourtant devenu, par la force de la realpolitik, un allié indispensable pour qui veut mettre à bas les taliban. C'est pourquoi, après que les Etats-Unis ont fourni au Pakistan des preuves "convaincantes" de l'implication d'al-Qaida dans les attaques du 11 septembre, Tony Blair a entendu les derniers arguments d'Islamabad face à la détermination international et vis-à-vis des ripostes qui s'annoncent. Selon le locataire de Downing Street, les deux pays sont sur la même longueur d'ondes. Tony Blair a ensuite effectué une ultime visite en Inde.
Simultanément, le Secrétaire américain à la Défense Donald Rumsfeld s'est rendu en Ouzbékistan, base arrière idéale qui compte 137 kilomètres de frontière avec l'Afghanistan, pour y rencontrer le président Islam Karimov. Juste après que l'avion officiel américain eut atterri à Tachkent, le président ouzbek a déclaré qu'il autorisait les troupes américaines à utiliser son espace aérien, un aérodrome et ses installations pour des missions de secours. Mais il a réitéré son opposition à des frappes aériennes, comme au lancement d'une opération terrestre, depuis son
territoire. Une heure auparavant, on apprenait que 1.000 soldats d'élite de la 10ème division de montagne américaine, habituellement basés dans l'Etat de New York, étaient en route pour l'Ouzbékistan, où ils assureront un appui protecteur aux opérations militaires. Après Tachkent, la dernière étape de M. Rumsfeld était la Turquie où il a effectué une visite technique -les Etats-Unis comptent quelques bases aériennes cruciales.Auparavant réticents, souvent pour des raisons politiques, financières et historiques, à ce qu'une force comptant les Etats-Unis interviennent militairement en Afghanistan, les pays du Golfe et l'Egypte semblent avoir accepté de rester neutres. Mais aucun soutien logistique direct ne sera fourni. Les déclarations inédites de George W. Bush sur son encouragement à la création d'un Etat palestinien ont sans doute achevé de convaincre ces pays arabes, tout en enflammant violemment le Premier ministre israélien Ariel Sharon.
Déploiement autour de l'Afghanistan
Militairement, le dispositif est encore en phase initiale. Au moins 4 porte-avions en mer d'Oman, 500 avions, 70.000 hommes de troupes, avec une avant-garde indéterminée de commandos de renseignement et d'actions coup de poing, pourraient s'appuyer également sur les moujahidin de l'Alliance du nord. Les 12 à 15.000 combattants jadis fidèles au commandant Massoud devraient recevoir de l'armement lourd et un soutien financier, permettant un élargissement des défections de quelques commandants taliban avec leurs unités. En outre, les rumeurs courent sur un possible soulèvement populaire, notamment dans l'ouest du pays. Désormais à portée de feu de l'Afghanistan, l'armada alliée, rassemblée autour des troupes américaines et britanniques, pourrait donc bientôt entrer en action. Experts et politiques sont formels : il ne faut pas s'attendre à une guerre conventionnelle. Le secrétaire américain à la Défense avait prévenu : "Il est plus probable, avait-il dit jeudi, que des éléments d'information des services de renseignement contribuent à démanteler ces réseaux plutôt qu'un missile de croisière ou une bombe."
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