© INTERNEMassoud vivant, la presse occidentale n'était que miel avec ce dernier rebelle panjshiri, rempart oublié de la lutte contre les ténèbres taliban. Massoud assassiné, son "Front uni" disposant du siège de l'Afghanistan à l'ONU est redevenu, aux yeux de beaucoup, une simple "Alliance du nord", coalition hétéroclite d'ethnies minoritaires, "union de circonstance qui ne fait pas de sentiment" de chefs de guerre revanchards, selon l'AFP. Certes, les diplomates occidentaux restent encore prudents sur leurs jugements. L'état-major américain a certes des "contacts quotidiens" avec l'état-major moujahed, assure encore mercredi le docteur Abdullah, ministre des Affaires étrangères du Front uni, de manière à coordonner leurs attaques contre les troupes taliban. Mais, une fois engagées les opérations militaires de "Liberté durable", le moins que l'on puisse dire est que les héritiers du commandant Massoud n'ont plus bonne presse.
Union nationale à base d'exclusion
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De plus, outre qu'il est pertinent de s'interroger sur l'existence de "taliban modérés", dont même Colin Powell soupçonne l'existence lorsqu'il est en visite au Pakistan, il est également pertinent de s'interroger sur le rôle qu'il pourraient jouer à l'avenir. "Dans la mesure où ils souhaitent participer au développement d'un nouvel Afghanistan et où tout le monde serait représenté, nous devrions les écouter ou au moins les prendre en compte", avait pourtant tenu à ajouter le secrétaire d'Etat américain en visite au Pakistan le 16 octobre. "A mon avis, ceux des taliban qui sont d'accord avec nos idées en ce qui concerne la paix et un gouvernement élargi devraient commencer à travailler immédiatement, a déclaré mercredi l'organisateur de la conférence de Peshawar dans son discours inaugural. Je considère leur coopération comme importante et fructueuse."
Les taliban modérés, ça n'existe pas
Les représentants du Front uni, eux, sont unanimes. "Comme nous n'avons jamais entendu parler de nazis modérés, il n'existe pas de taliban modérés", a ainsi démontré sur CBS Haron Amin, représentant de l'Afghanistan à Washington. "C'est une manipulation du Pakistan, soucieux de sauver ce qui peut l'être du régime qu'il a mis en place, de manière à garder une main en Afghanistan", dénonçait jeudi dernier pour tf1.fr Mehraboddin Masstan, chargé d'affaires de l'ambassade d'Afghanistan à Paris. L'association Afghanistan-Bretagne, l'un des nombreux relais de soutien du Front uni en France, a eu beau s'insurger contre le "déferlement de haine" et l'ouverture d'un "front de l'information", visant à manipuler la presse et les opinions. Rien n'y a fait. L'idée était dans l'air, elle n'est plus redescendue.
Outre qu'elle compte dans ses rangs un légendaire chef de guerre pachtoune, Hadji Qadeer, et qu'elle a passé un difficile accord pour un organisme gouvernemental de transition avec l'ancien roi d'Afghanistan et son entourage, eux-mêmes pachtounes, l'Alliance du nord est en passe d'être disqualifiée. Pas fiables, divisés, avides de pouvoir, pas représentatifs, mafieux, tout aura été dit sur les chefs moujahidin, mêlant le vrai et le faux, le lointain passé et un futur hypothétique. Le général-président du Pakistan, Pervez Musharraf, a donc remporté une belle victoire, lui qui excluait récemment de voir un jour les héritiers de Massoud au pouvoir à Kaboul au détriment d'un régime "ami". L'Alliance du nord, qui n'a jamais revendiqué un pouvoir solitaire, n'a presque plus droit de cité sans que s'insinue un doute. Et si, finalement, les taliban étaient garants de la paix afghane ? En 1996, les services secrets pakistanais, américains et saoudiens avaient répondu par la positive. Qu'a-t-on fait des héritiers de Massoud ? Peut-être de la seule chair à canon.
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