La presse justifie les raids mais s'interroge

Par Matthieu DURAND, le 08 octobre 2001 à 10h29 , mis à jour le 08 octobre 2001 à 10h50

Les raids anglo-américains sur l’Afghanistan ont, bien entendu, fait la Une des journaux du monde entier ce lundi matin. Revue de presse.

raids afghanistan presse © INTERNE

"Bush attaque", "L'heure de la riposte", "Objectif Kaboul" constituent quelques uns des titres de la presse française ce matin.

Soulignant le caractère "prévisible" des raids, Libération rappelle que "les Etats-Unis se trouvent en situation de légitime défense depuis les massacres" du 11 septembre. "Oui aux coups portés" aux taliban et à ben Laden mais gare à toute action prolongée, avec "bombardements massifs et prolongés dont serait obligatoirement victime" le peuple afghan, prévient Libération. Le Figaro explique, lui, que "le Pentagone lance une guerre sans témoins" et discrète, à l'inverse de la médiatisation qui avait entouré la coalition de la Guerre du Golfe en 1991. Aujourd'hui/Le Parisien rappelle que le risque évident qu'encourent les Américains, comme les Soviétiques avant eux, c'est un conflit qui s'enlise. "Le second (est) qu'ils apparaissent comme le bras armé de pays 'riches' dérangés dans leur tranquille insolence". "La troisième guerre d'Afghanistan a-t-elle commencé?", s'interroge L'Humanité qui, dès sa Une, se demande également si le Parlement français sera consulté sur l'engagement de la France. Enfin, La Tribune remarque que la Grande-Bretagne "constitue la principale force de soutien aux côtés des Américains". Quant à la France, écrit le journal, son intervention "est pour l'instant plus symbolique que réellement militaire".

Des frappes "non désirées mais nécessaires"

"Maintenant
commence
une nouvelle
période,
dangereuse et
non balisée"

"Ce que nous avons vu, ce sont les éclats d'une offensive qui prendra vraisemblablement plusieurs autres formes et pourrait être plus longue, plus difficile et plus coûteuse que n'importe quel conflit de la décennie écoulée". Cette analyse, extraite du Washington Post, résume le sentiment de la presse américaine. Le New York Times souligne, pour sa part, que les opérations suivantes "pourraient provoquer de nombreuses morts côté américain". Et de mettre en garde : "Maintenant commence une nouvelle période, dangereuse et non balisée. C'est une période angoissante au cours de laquelle les craintes de nouvelles attaques terroristes seront probablement encore plus lourdes". Quant au Los Angeles Times, il qualifie les frappes de "non désirées mais nécessaires". Comme la plupart de ses confrères, le quotidien californien met également en avant la nécessité de réaffirmer que ce conflit n'est pas, comme l'a affirmé George W. Bush, "contre le peuple afghan ou les presque un milliard de musulmans à travers le monde mais contre le terrorisme".

"La Grande-Bretagne, à travers son rôle de premier plan dans les bombardements de la nuit dernière, deviendra inévitablement une possible cible" d'attentats terroristes, s’inquiète le quotidien britannique The Guardian. Aussi, l'aide (humanitaire) est "tout aussi importante que l'opération militaire", sans oublier l'effort diplomatique, ajoute le journal. Une analyse partagée par le Financial Times: "Un long engagement politique et humanitaire (...) est essentiel pour maintenir la coalition internationale et garder le soutien des pays musulmans modérés".

"Une guerre contre des fantômes"

"La guerre contre
le terrorisme
ne doit pas
se résumer à
une action militaire
de vengeance (...)"

La presse du Golfe a appuyé lundi, avec des réserves, les frappes anglo-américaines. "La communauté internationale a compris qu'il était temps d'éradiquer le terrorisme, frapper ses outils, tarir son financement et mettre fin à son époque", écrit le quotidien al-Ittihad d'Abou Dhabi, proche des autorités. Au Qatar, le journal al-Watan estime qu'"en fin de compte, la guerre américaine contre le terrorisme est une guerre contre des fantômes". Son confrère al-Raya précise pour sa part que "la guerre contre le terrorisme ne doit pas se résumer à une action militaire de vengeance qui ne s'appuie pas sur des preuves contre les terroristes impliqués" dans les attentats du 11 septembre.

Les journaux libanais s'inquiètent, quant eux, de l'efficacité et des conséquences pour le monde arabe des raids anglo-américains. Pour An-Nahar, quotidien libéral à grand tirage, "la question est de savoir comment le monde va se diviser: Avec ou contre le terrorisme (…) ou avec le jihad (guerre sainte)". As-Safir, journal de gauche prosyrien, titre que "la première guerre du 21e siècle a commencé avec une coalition des plus puissants contre l'Etat le plus pauvre". Son propriétaire, Talal Selman, estime que "la question qui se pose maintenant est : quel sera le prochain objectif (des Etats-Unis) dans cette guerre contre un ennemi sans visage et sans frontières?". Pour le quotidien en langue anglaise The Daily Star, "Les Etats-Unis doivent prouver que ben Laden a tort, en réglant les dossiers israélo-palestinien et irakien, sinon ben Laden, même s'il est tué, aura obtenu une victoire à la Pyrrhus".

Par Matthieu DURAND le 08 octobre 2001 à 10:29
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