© INTERNEtf1.fr : Le Pakistan soutient le principe d'une opération militaire contre l'Afghanistan. En même temps, le président Musharraf a montré son hostilité lundi matin à ce que l'Alliance du Nord, l'opposition armée afghane, domine un futur gouvernement en Afghanistan après la chute du régime islamique des taliban. Quelle réaction peut-on attendre aujourd'hui de ce pays ?
Jean-Vincent BRISSET : Aujourd'hui, le Pakistan a besoin d'un Afghanistan qui lui soit proche, plutôt allié, plutôt sympathique. Le Pakistan est majoritairement pachtoune. Donc l'Alliance du nord, qui n'est pas pachtoune et qui a prouvé qu'elle pouvait casser un gouvernement calme entre 1992 et 1996, ne lui est pas forcément sympathique. D'un autre côté, les taliban, qui sont non pas une "créature" du Pakistan mais une tolérance du moindre mal par le Pakistan, ont représenté quelque chose d'utile. Aujourd'hui, ils ne le sont plus. Il ne faut pas oublier que le Pakistan, ce n'est pas les zones tribales, ce n'est pas Peshawar. Peshawar, c'est l'endroit où se trouvent actuellement tous les correspondants de presse. Mais ce n'est qu'un tout petit bout du Pakistan. Le Pakistan est un énorme pays, relativement démocratique, dans lequel les fondamentalistes n'ont jamais fait plus de 7 ou 8% aux élections.
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Qu'en est-il des relations entre les frères ennemis l'Inde et le Pakistan ?J.V.B. : Frères ennemis, c'est peut-être un peu fort. Cette expression peut s'appliquer dans certains binômes infernaux. Mais je ne pense pas qu'il soit adapté à l'Inde et au Pakistan. Il existe entre eux des différences ethniques et religieuses qui marquent une nette séparation. C'est un ménage forcé, depuis l'époque de la colonisation britannique. Ils n'étaient pas mariés avant, on les a mariés de force, puis libérés. Dans la douleur, mais libérés.
Le problème est que l'Inde, qui était en train de devenir un grand pays aux yeux d'un certain nombre de gens, voit tout d'un coup le Pakistan redevenir intéressant. L'Inde a sans doute peur que l'intérêt qui commençait à se porter sur elle re-disparaisse. Le deuxième problème est qu'il y a un sévère sujet de discorde entre l'Inde et le Pakistan au sujet du Kashmir. Si émerge un bouillonnement islamique, ce conflit risque de surgir de nouveau.
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Que peut-on attendre de la visite dans ces deux pays du secrétaire américain à la Défense Donald Rumsfeld, la semaine prochaine ?J.V.B. : Je crois qu'il devra faire passer un message fort au Pakistan, en disant à la fois : on passe l'éponge sur un certain nombre de faits, sur le nucléaire, sur la drogue… en échange, nous vous demandons de nous soutenir, tout en vous faisant comprendre que votre marge de manœuvre est étroite. Le message est donc assez dirigiste vis-à-vis du Pakistan.
Vis-à-vis de l'Inde, c'est un message fait pour rassurer, mais aussi pour remercier, parce que les Indiens, qui se renseignent de manière pointue sur le Pakistan, savent des tas de choses sur tout ce qui se passe dans le nord du Pakistan et, par rebond, en Afghanistan, dans les camps terroristes… Dès le 12 septembre, on a pu l'observer dans la presse indienne, les Indiens ont fourni beaucoup d'informations aux Américains.
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Les événements actuels redéfinissent les équilibres en Asie centrale. Qui faut-il surveiller ?J.V.B. : C'est une question intéressante. Toute la politique américaine vis-à-vis de l'Asie centrale, jusqu'aux attentats du 11 septembre, pesait avant tout sur le Kazakhstan — le grand pays pourvoyeur de richesses, qui a accepté de sortir du nucléaire — et le Turkménistan, pourvoyeur d'énergie. Ouzbékistan et Tadjikistan étaient un peu laissés de côté. Aujourd'hui, ces deux derniers pays ont l'occasion de se refaire une petite virginité par rapport aux Etats-Unis et donc de bénéficier d'un équilibrage et d'une aide conjointe russo-américaine. Ouzbékistan et Tadjikistan ont donc tout à gagner dans leur soutien aux Etats-Unis.
Dernière parution : Année Stratégique 2002, sous la direction de Pascal Boniface, publié par IRIS France, France Info et l'Etudiant, 648 pages, 129 F
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