Tension incessante de la Galilée à Jérusalem

Par Léonard VINCENT, le 22 octobre 2001 à 15h40 , mis à jour le 22 octobre 2001 à 15h52

Le gouvernement d'Ariel Sharon est déstabilisé par l'occupation de six localités palestiniennes par Tsahal. A Jérusalem, un jeune Palestinien a ouvert le feu sur la foule avant d'être abattu, tandis que Tsahal et le Hezbollah se sont affrontés à la frontière du Liban. En outre, des Palestiniens ont tiré à la mitrailleuse sur la colonie de Gilo, peu après une menace du Fatah.

vignette proche orient proche-orient israel palestine © INTERNE

Si les violences ont repris, de la Galilée à Jérusalem, la tension est également grandissante au sein du gouvernement israélien. L'occupation jusqu'à nouvel ordre de six secteurs sous souveraineté palestinienne par des unités de Tsahal a non seulement provoqué des affrontements armés meurtriers jusqu'au cœur de Bethléem (voir notre article), elle a aussi déstabilisé l'exécutif du Premier ministre Ariel Sharon. Réunis en comité directeur lundi, les leaders du parti travailliste, sans Shimon Peres en visite aux Etats-Unis, se demandent ouvertement quel peut être l'avenir des ministères qu'ils détiennent.

Tensions travaillistes

EXIGENCES ISRAELIENNES

Officiellement, le gouvernement israélien exige de l'Autorité palestinienne qu'elle décrète hors-la-loi les organisations radicales, arrête leurs chefs, et livre par ailleurs les responsables du meurtre du ministre Zeevi. Ariel Sharon a affirmé lundi que l'un d'eux a été aidé dans sa fuite par "l'un des organes de sécurité palestiniens".

Le ministre israélien sans portefeuille Dan Meridor a reconnu lundi à la radio que M. Arafat "a déployé des efforts pour lutter contre le terrorisme, car il a compris que les Américains ont perdu patience depuis les attentats du 11 septembre" aux Etats-Unis, mais a jugé ces efforts "insuffisants". Interrogé sur la mise hors-la-loi dimanche soir de la branche militaire du FPLP par le Haut conseil palestinien de sécurité nationale, M. Chetritt a par ailleurs accusé M. Arafat de "double langage", estimant qu'"il n'y a qu'une seule loi au sein de l'Autorité palestinienne : celle de la jungle".

Le ministre des Affaires étrangères s'obstine à renvoyer dos à dos la gauche et la droite qui le critiquent, les mettant au défi de définir une autre politique. En tournée diplomatique aux Etats-Unis, il a rappelé que l'objectif du gouvernement israélien n'était pas de "détruire l'Autorité palestinienne", mais d'exiger de Yasser Arafat "qu'il contrôle les armes et ceux qui les utilisent" contre Israël. C'est à cette seule condition, selon lui, que le leader palestinien rétablira "sa crédibilité aux yeux d'Israël et aux yeux des Etats-Unis". Mardi, Shimon Peres doit rencontrer le secrétaire d'Etat américain Colin Powell.

Toutefois, les autres ténors du parti travailliste, notamment les ministres Dalia Itzik et Ra'anan Cohen, avaient averti dimanche que leur parti ne pourrait cautionner une trop longue occupation des "secteurs A". La réunion de lundi, même si elle ne devrait pas déboucher sur une annonce spectaculaire, doit au moins définir les "lignes rouges" qu'Ariel Sharon ne devra pas dépasser, s'il souhaite que les travaillistes demeurent au gouvernement. Comme Colin Powelln, le Haut représentant pour l'Union européenne Javier Solana a "espéré" lundi que l'armée israélienne "se retirera" de ces zones sous autorité palestinienne autonome. Il rencontrera lundi soir Yasser Arafat et mardi Ariel Sharon, assurant qu'il discuterait de ce point avec les deux hommes.

Violences civiles et militaires

Simultanément, une fusillade a eu lieu dans un quartier juif de Jérusalem-ouest lundi, lorsqu'un jeune Palestinien originaire d'une banlieue de Bethléem a ouvert le feu dans la foule, faisant quatre blessés, avant d'être abattu par un soldat qui l'a pris en chasse. Le jeune homme, employé d'un garage automobile du quartier, s'était préalablement querellé avec son patron sur une question d'argent et lui avait tiré dans la poitrine avec un revolver, avant de sortir dans la rue.

Alors qu'aucun signe de retrait de troupes israéliennes de Bethléem n'est pour l'instant signalé, la branche armée du Fatah a prévenu que ses partisans allaient "imposer son propre couvre-feu sur Gilo [quartier de colonisation voisin de Jérusalem-est, ndlr] en tirant des balles et des obus", si Tsahal ne se retirait pas "dans les heures qui viennent". Peu après, des tirs à la mitrailleuse ont été signalés sur Gilo. Au nord, dans la zone frontalière avec le Liban, le mouvement chiite Hezbollah a tiré une vingtaine de projectiles sur des positions israéliennes du secteur des fermes de la Chebaa, dont la souveraineté est contestée. L'aviation et l'artillerie israélienne ont immédiatement répliqué, sans qu'aucun bilan n'ait pu être dressé.

Par Léonard VINCENT le 22 octobre 2001 à 15:40
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