© INTERNELe somptueux hôtel Le Petersberg dominant la vallée de Bonn a dû s'adapter à ses hôtes. Les premières délégations afghanes sont d'ailleurs arrivées dimanche dans cette résidence cinq étoiles, où étaient traditionnellement accueillis les invités politiques de marque dans l'ancienne capitale de la République fédérale d'Allemagne. En tout, 28 représentants des différentes forces politico-militaires influentes ont été conviés. Un jeune chef a soumis ses cuistots aux obligations religieuses des Afghans, venus discuter de l'avenir politique de leur pays en plein ramadan. Pas de vin dans les sauces, un petit-déjeuner à 5 heures du matin, un fastueux dîner à 22H30, trois salles de prière jonchées de tapis : la direction a fait ce qu'il faut pour que les "Discussions sur l'Afghanistan" se déroulent sans anicroches.
Un groupe principal, un projet
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Face aux trois autres délégations
(voir encadré ci-contre), celle du Front uni défendra la ligne politique définie ces jours derniers par les détenteurs de facto du pouvoir en Afghanistan : convocation d'une "Loya Jirga d'urgence" sur le territoire national, au mieux à Kaboul, laquelle nommera un "gouvernement transitoire" peut-être présidé "symboliquement" par l'ancien roi Zaher Shah. Au terme d'une période d'au moins "un an", convocation d'élections générales où participeront toutes les femmes, en vue de former un exécutif démocratique. Il s'agira donc à la fois de ménager les susceptibilités de chacun et de trouver un accord sur les modalités d'application concrètes de ce processus et, notamment, l'annonce sur le territoire national des grandes décisions politiques.Les possibles blocages des exilés
Dans ces conditions, on imagine qu'un accord avec les représentants de l'ancien roi d'Afghanistan est possible, sans que les délégués ne rencontrent de blocages majeurs. Il s'agit en effet d'un projet ressemblant peu ou prou à celui des membres du "processus de Rome", représenté par quatre délégués mandatés par Zaher Shah. Une femme, Sima Wali, présidant depuis plus de 20 ans à Washington une association d'aide aux réfugiées afghanes, sera présente dans l'équipe romaine. L'essentiel des problèmes, hormis les règlages techniques nécessaires entre les membres du Front uni et les "Romains", pourront être soulevés par les autres délégations, soutenant grosso modo les intérêts de l'Iran pour les uns et du Pakistan pour les autres. Les hommes du "processus de Chypre", en outre, sont conduits par le gendre du Pachtoune extrêmiste Hekmatyar, en exil en Iran, unanimement détesté par les autres délégations pour son goût du sang et du pouvoir, et son alliance tacite avec les taliban. Et alors que les autres participants s'échinent à dénoncer les ingérences étrangères dans le conflit afghan, ces Afghans sous influence auront loisir de dénoncer la ségrégation dont ils seront sans doute victimes.
Bonn, mode d'emploi |
La conférence s'ouvre mardi à 10H00 locales (09H00 GMT) par une session inaugurale à laquelle pourront assister des représentants des pays étrangers ayant demandé à être présents à Bonn. Ces pays sont au nombre de 18 auxquels il faut ajouter l'Union européenne. L'ONU est représentée de son côté par onze personnes emmenées par l'ancien diplomate algérien Lakhdar Brahimi, représentant spécial du secrétaire général de l'ONU Kofi Annan. La conférence sera inaugurée par un discours du ministre allemand des Affaires étrangères Joschka Fischer, suivi par une intervention de M. Brahimi. Une déclaration de la partie afghane pourrait également avoir lieu. A la suite de ces discours, la conférence s'ajournera pendant quelques minutes pour permettre aux journalistes de quitter les lieux avant le début d'une réunion plénière. A l'issue de celle-ci, les délégués reformeront quatre groupes et les négociations proprement dites pourront commencer. M. Brahimi et son adjoint, l'Espagnol Francesc Vendrell, feront la navette entre ces groupes pour tenter de trouver un accord. Une fois un consensus obtenu, les délégués se retrouveront à nouveau en séance plénière. Aucune limite de temps n'a été officiellement fixée, mais les Nations unies ont clairement annoncé leur intention de faire vite. Les délégués afghans sont cloîtrés au Petersberg mais l'ONU n'a pas exclu qu'ils puissent à l'occasion rencontrer la presse lors du briefing quotidien. Ils peuvent également rencontrer les représentants des 18 pays étrangers qui ont accès au Petersberg sans toutefois être autorisés à participer à la conférence proprement dite. |
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