La conférence de Peshawar

Par Léonard VINCENT, le 25 novembre 2001 à 00h00 , mis à jour le 23 novembre 2001 à 16h42

La ligne traditionaliste de la maison royale d'Afghanistan est représentée par les dignitaires pachtounes en exil au Pakistan, réunis au mois d'octobre en congrès à Peshawar. Peu avares en récriminations à l'égard du Front uni, ces hommes sont prêts à se ranger sous la bannière du roi et à la tenue prochaine d'une Loya Jirga.

Photo AFP © INTERNE

Sans attendre la chute des taliban, les "barons" pachtounes en exil au Pakistan s'étaient réunis à la fin du mois d'octobre à Peshawar. Le maître d'œuvre de cette conférence d'oulémas, de chefs tribaux, de dignitaires pachtounes et de taliban prêts à la dissidence baptisée "Conférence pour la paix et l'unité nationale de l'Afghanistan", s'appelle Pir Sayed Ahmad Gailani, chef du Front national islamique d'Afghanistan, un parti pachtoune à la fois traditionaliste et royaliste, pourfendeur des taliban comme du Front uni. Cette conférence a été vue de l'extérieur comme un congrès de validation de la nouvelle posture pakistanaise : appel à la fin des frappes américaines, insistance pour que le Front uni lâche le pouvoir et négociations pour que les éléments les plus souples de la mouvance taleb participent à la reconstruction nationale.

Les autres délégations
Présente elle aussi à la conférence de Bonn, la délégation de Peshawar sera conduite par Pir Sayed Gailani, sorti nimbé d'une aura nouvelle de la conférence du mois d'octobre. Sans doute les membres de cette équipe ont-ils reçu l'adoubement du roi et du Pakistan, pays honni par le Front uni et dénoncé par quelques proches de la maison royale pour avoir mis sur pied la secte des taliban. Il reste que beaucoup de chefs pachtounes, tels Abdul Haq, assassiné lors d'une mission secrète dans ses terres afghanes, avaient trouvé refuge au Pakistan et qu'au titre de la solidarité ethnique, les Pachtounes afghans ne veulent pas contrarier leurs frères Pathans pakistanais. Et puis l'ordre d'autoriser la conférence de Peshawar, alors que le centre de congrès était fermé depuis le 11 septembre, n'était-il pas venu directement d'Islamabad ? D'ailleurs, à la veille de la conférence, Islamabad a décidé de prendre langue avec le Front uni, de manière à préserver ses intérêts, une exigence que trouvent légitimes les alliés en guerre, de George W. Bush à Tony Blair.

Pachtounwali et allégeance au roi

Plus traditionalistes et empreints de la culture tribale de leur peuple — la Pachtounwali —, les membres de la "conférence de Peshawar" défendront sans doute la ligne la plus rigide des partisans du roi. Moins portés sur le compromis que les proches du roi du "processus de Rome", les Pachtounes de Peshawar pestent vigoureusement, depuis l'entrée du Front uni dans Kaboul, contre les Etats-Unis. "Ils ont fait une grosse erreur, tempêtait la semaine dernière le neveu de Pir Sayed Gailani. Ils ont ouvert la voie de Kaboul à l'Alliance du Nord [nom donné au Front uni, ndlr] et à Rabbani [président afghan en exercice et dirigeant du Front uni, ndlr]. Si l'ONU n'intervient pas rapidement pour désarmer les factions, nous allons droit à une nouvelle tragédie".

Car les hommes de la "conférence de Peshawar" n'ont pas de mots assez durs envers le Front uni, qu'ils accusent de vouloir monopoliser le pouvoir et replonger l'Afghanistan dans le chaos. "Des gens en qui on ne peut pas avoir confiance, qui ne tiennent pas leurs promesses, qui ont perdu toute crédibilité", s'irritait le 20 octobre dernier le neveu de Pir Sayed Gailani. Mais avec qui il faudra compter, lors de la conférence de Bonn.

Par Léonard VINCENT le 25 novembre 2001 à 00:00
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