Crise au sommet de l'Etat en Géorgie

Par Franck LEFEBVRE, le 01 novembre 2001 à 16h19 , mis à jour le 01 novembre 2001 à 16h42

Le président Chevardnadzé a indiqué jeudi qu'il limogeait le gouvernement géorgien. Cette décision est la conséquence directe d'une crise née à la suite d'une perquisition controversée dans les locaux de la chaîne de télévision Rustavi 2, et qui avait déjà entraîné, mercredi, la démission du ministre de la Sécurité.

georgie edouard chevardnadze © INTERNE

Depuis ce jeudi 1er novembre, la Géorgie se trouve virtuellement privée de gouvernement. L’annonce en a été faite par le président du parlement, en pleine session extraordinaire, dans un climat alourdi par les manifestations et les cris de l’opposition. Dernier épisode d’une crise qui avait débuté par une perquisition controversée avant de remonter, en deux jours à peine, jusqu’au président Chevardnadzé en personne. Au cœur du scandale : la chaîne de télévision Rustavi 2, remarquée pour ses émissions politiques sans compromis et pour des enquêtes sur la corruption dans le pays.

Chevardnadzé met sa démission en balance

Sur le Net :


La chaîne Rustavi 2

Le communiqué de RSF après le meurtre de Géorgiy Sanaya

 

L’affaire débute mardi avec la descente effectuée par une trentaine de membres des services de sécurité géorgiens au siège de Rustavi 2. Motif de cette visite : il s’agit, officiellement, de vérifier des documents comptables au nom d'une enquête pour fraude fiscale. Mais les employés de la chaîne refusent l’entrée aux policiers, dénoncent une perquisition illégale et protestent contre cette atteinte à la liberté des médias. L'opposition accuse alors le gouvernement d’essayer de faire taire une télévision par trop critique. Mercredi, le ministre de la Sécurité Vakhtang Koutateladzé, mis en cause, annonce sa démission ; mais l'opposition veut davantage et réclame le départ du ministre de l'Intérieur Kakha Targamadzé et du Procureur général Gii Meparichvili. Elle demandera bientôt celui de l’ensemble du gouvernement. Le soir même, le président Edouard Chevardnadzé met son propre départ en balance dans un discours télévisé. Jeudi, alors que cinq mille personnes se sont réunies en matinée devant le Parlement pour réclamer de nouvelles élections, le ministre de l'Intérieur et le Procureur général annoncent à leur tour leur démission devant la chambre. Dans l’après-midi, le président du parlement Zourab Jvania interrompt la séance pour annoncer : ''le président a pris la décision de renvoyer tout le gouvernement''.

Menaces de mort sur des journalistes

L’ampleur et la rapidité de la crise pourraient surprendre. Mais ce n’est pas la première fois que Rustavi 2, connue pour ses enquêtes sur la corruption de certains responsables du pouvoir, se trouve au centre d’un tel conflit. Le 26 juillet dernier, un de ses présentateurs-vedettes, Géorgiy Sanaya était retrouvé assassiné d'une balle dans la tête dans son appartement de Tbilissi ; aussitôt, Irina Sarchivili, chef du parti national démocratique (d’opposition) parlait "d’assassinat politique destiné à intimider la presse libre". Plus d’un millier de personnes étaient descendues dans les rues pour protester contre ce meurtre. Robert Ménard, le secrétaire général de l’organisation Reporters Sans Frontière, accusait également : "Nous pensons que c'est bien la chaîne Rustavi 2 et ses émissions politiques que l'on veut faire taire en éliminant l'un de ses visages les plus emblématiques". L’année précédente, c’était un autre journaliste de la même chaîne, Akaki Gogichaishvili, qui avait été menacé de mort à plusieurs reprises par des fonctionnaires et des hommes d'affaires en raison de ses enquêtes…

Photo d'ouverture : le président géorgien Edouard Chevardnadzé - AFP

Par Franck LEFEBVRE le 01 novembre 2001 à 16:19
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