Mladic est nulle part... mais il est en Serbie

Par Léonard VINCENT, le 29 novembre 2001 à 00h00 , mis à jour le 28 novembre 2001 à 17h43

Le procureur du TPI a affirmé que Ratko Mladic réside en Serbie, sous la protection officielle de l'armée yougoslave. On ne compte plus les témoignages signalant sa présence. La question des inculpés du TPI empoisonne désormais la vie politique à Belgrade.

yougoslavie bosnie tpi mladic © INTERNE

Une correspondante du Washington post à Belgrade avait eu droit à une étrange surprise, un jour d'avril 2000. Venue assister au match de football Yougoslavie-Chine au stade de Belgrade, elle a vu dans les gradins l'ancien général de la soldatesque bosno-serbe, Ratko Mladic, en compagnie d'une flopée de ses gardes du corps. De notoriété publique, cet homme, qui détient toujours la citoyenneté yougoslave, possède un appartement dans le quartier de Topcider, sur les hauteurs de la capitale, à proximité d'une maison appartenant au fils de l'ancien chef politique des Serbes de Bosnie, le psychiatre Radovan Karadzic. Inculpé par la justice internationale de "génocides, crimes de guerre et crimes contre l'humanité", Ratko Mladic, pourtant, n'a toujours pas été présenté aux juges du Tribunal pénal international.

La vie politique empoisonnée

La question du transfert des inculpés au Tribunal de La Haye empoisonne désormais la scène politique yougoslave, partagée entre les partisans de la pleine coopération rangés sous la bannière du Premier ministre de Serbie Zoran Djindjic, et les nationanalistes réticents, fédérés par le président yougoslave Vojislav Kostunica. M. Kostunica s'était, le week-end dernier déjà, attiré les foudres du procureur du TPI, en déclarant à un quotidien britannique que les archives militaires ne seraient pas accessibles aux enquêteurs internationaux. Tout en félicitant le gouvernement serbe pour avoir livré M. Milosevic, Mme Del Ponte s'était plainte des "institutions yougoslaves". "En dépit de leurs affirmations, elles gênent le travail de mon bureau", a-t-elle affirmé.

Mardi, devant le Conseil de sécurité de l'ONU, le procureur du TPI a haussé le ton. Affirmant qu'il résidait sur le territoire de la République fédérale de Yougoslavie (RFY), Carla Del Ponte a précisé qu'il était "sous la protection officielle de l'armée yougoslave." "Il est sous protection en Serbie et surtout à Belgrade, mais pas exclusivement", a déclaré mercredi l'adjoint de Mme Del Ponte, Graham Blewitt, lors d'un point de presse à La Haye. M. Blewitt a toutefois précisé qu'il ne pouvait pas divulguer les sources de cette information, mais qu'il s'agissait de "sources extrêmement dignes de foi à Belgrade".

Selon des sources concordantes, Ratko Mladic s'est fréquemment rendu, ces dernières années, aux matchs de football de l'Etoile rouge de Belgrade. Carla Del Ponte avait même affirmé, en février dernier, qu'un "ministre yougoslave" lui avait confié avoir vu Mladic "dans un restaurant de Belgrade", entouré de personnes "d'un rang inférieur". En 1994, sa fille s'est suicidée de dégoût, après avoir appris la façon dont son père menait sa guerre. Depuis cette date, chaque jour des morts, Ratko Mladic se rend sur la tombe de celle-ci, située dans cimetière de Topcider. War Criminal Watch affirme que celui qui ne voyait dans les civils musulmans de Srebrenica que des "Turcs" sur lesquels ses hommes tenaient leur "revanche", vit dans un bunker à Crna Rijeka, dans les montagnes près de Jans Pijesak. A Belgrade, personne ne sait où est Mladic, mais tout le monde l'a vu.

Par Léonard VINCENT le 29 novembre 2001 à 00:00
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