Pourquoi la guerre peut durer longtemps

Par Léonard VINCENT, le 06 novembre 2001 à 17h21 , mis à jour le 05 novembre 2001 à 17h30

Très probablement soutenues par la CIA, les missions de subversion des chefs pachtounes Abdul Haq et Hamid Karzai en Afghanistan ont toutes deux lamentablement échoué. Seul recours des Américains désormais : le "carpet bombing", le soutien à l'Alliance du nord… et la patience.

Carte afghanistan © INTERNE

Repéré par les taliban dès son passage en territoire afghan, Abdul Haq, amputé d'un pied, a tenté de s'enfuir à cheval. A peine a-t-il eu le temps d'appeler un de ses partisans resté au Pakistan. Alerté, l'état-major américain a tenté de lui porter secours, en déroutant un avion sans pilote sur la position où il se trouvait, afin de repousser à coups de missiles les miliciens taliban avançant sur ses talons. Mais rien n'y a fait. Le héros pachtoune, chef de guerre retiré de la vie politique afghane, dont la femme et le fils de 11 ans avaient été assassinés l'année dernière, a été capturé. Les taliban ont criblé Abdul Haq d'une rafale de Kalachnikov.

Le chef de guerre royaliste Hamid Karzai, lui, a, semble-t-il, eu plus de chance. Traqué lui aussi, avec ses partisans, dans les territoires pachtounes, il a évité de justesse le sort que les taliban ont réservé à ses compagnons de route : trois d'entre eux ont été pendus en public, vendredi. Vingt-cinq ont été capturés et doivent être fusillés dans les jours ou les heures qui viennent.

Révolte avortées

Pour aller plus loin

Nul ne doute plus de la mission qui était assignée aux deux hommes : fomenter la révolte dans les tribus pachtounes du sud en mettant avant le rôle du roi Zaher Shah dans le futur plan de paix. Et, à l'occasion, graisser la patte aux chefs tribaux, en bons vieux billets verts. L'exécution de l'un et le fiasco de l'autre sonnent le glas de la stratégie de la CIA, qui avait, de notoriété publique, financé et coplanifié les opérations. Ne restent plus désormais aux stratèges américains que l'emploi du "carpet bombing" des lignes de front et l'appui logistique et financier au Front uni, qu'ils n'ont jamais porté dans leur cœur.

"On avait affaire à une double approche, a analysé pour le correspondant de l'Agence France Presse dans le nord afghan un diplomate européen. Tenter de diviser les taliban, tout en les maintenant sous la pression militaire. Aujourd'hui, il ne reste qu'une seule option : la force." En effet, avec le naufrage des missions secrètes d'Abdul Haq et de Hamid Karzai et la mise sur la touche des mystérieux "taliban modérés" que seuls Colin Powell et le président pakistanais Pervez Musharraf affirmaient pouvoir identifier, le régime du mollah Omar semble ne pouvoir craquer que sous une immense pression militaire. "On est passé de l'optimisme à la frustration, explique un analyste occidental. Et maintenant, l'humeur est à la patience."

Le faux problème pachtoune

"L'exécution d'Abdul Haq prouve au moins une chose, que nous répétons depuis longtemps : les taliban ne défendent en rien l'intérêt des Pachtounes", analysait la semaine dernière Mehraboddin Masstan, chargé d'affaires de l'ambassade d'Afghanistan à Paris. Comme lui, les représentants du Front uni — ou Alliance du nord — ne cessent en effet de répéter que le problème ethnique leur est étranger, leurs troupes comprenant des Tadjiks, des Ouzbèkes, des Hazaras et des Pachtounes. Le propre frère d'Abdul Haq, Hadji Qadeer, combat les taliban au nord de Jalalabad. "Le problème ethnique, expliquait récemment Mehraboddin Masstan dans une interview à tf1.fr., est essentiellement le problème des taliban et du Pakistan, pas le nôtre."

Par Léonard VINCENT le 06 novembre 2001 à 17:21
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