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Par Léonard VINCENT, le 12 novembre 2001 à 00h00, mis à jour le le 09 novembre 2001 à 12:02
En 1979, l'intervention de l'Armée rouge en Afghanistan donne le départ d'une guerre qui durera dix ans. Mais, loin d'être une simple invasion, la manœuvre soviétique prend racine dans une société afghane traversée par une modernité refusée et des luttes de pouvoir intestines.

Tout commence le 14 février 1975. Le prince Mohammed Daoud, cousin du roi Zaher Shah qu'il a déposé en 1973, instaure simultanément une nouvelle constitution républicaine et le parti unique. Jadis Premier ministre très pro-soviétique du royaume afghan, prenant soin de faire entraîner les officiers de l'armée de Sa Majesté Zaher Shah par l'URSS dès 1955, il mène un coup d'Etat éclair une nuit de juillet, clouant pour 30 ans le roi dans son exil romain. Un seul et unique foyer insurrectionnel fondamentaliste s'enflamme brièvement et vainement dans le Panshir, avant que l'année suivante, le prince Daoud n'interdise définitivement les autres partis que le sien et ne signe, début 1976, un accord commercial de 30 avec l'URSS de Brejnev.
Les tensions avec les partisans du Parti démocrate du peuple d'Afghanistan (PDPA) sont vives, à tel point qu'un mois après l'assassinat de l'un de ses champions, Mir Akbar Khyber, un coup d'Etat militaire envoie à la mort Daoud, son frère Naim et 3.000 compatriotes, ouvrant la voie à Noor Mohammad Taraki, de la fraction Khalq de ce parti communiste à la mode afghane, divisé depuis 1967 entre partisans de Taraki et de Babrak Karmal pour des motifs ethniques et idéologiques complexes. Instable et rongé par les divergences de vue sur ce pays passant peu à peu dans le giron soviétique, quoique encore féodal, où les filles déambulant sur le campus de l'université de Kaboul portent soit la mini-jupe soit la burqa des campagnes, le pays est ingouvernable.
De nouveaux guérilleros pour l'opinion occidentale
Le jeune architecte Ahmad Shah Massoud, l'ingénieur Gubuldin Hekmatyar et autres membres clandestins du Jamiat-i-Islami ont pris le maquis et font le coup de feu dans les montagnes. Putschs avortés, assassinats politiques, insurrections islamistes ou paysannes réprimées avec barbarie (300 Hazaras seront brûlés vifs en août 1979, après une tentative de révolte de cette minorité chiite, proche de la République islamique iranienne toute neuve de l'Ayatollah Khomeyni) poussent Brejnev à envoyer 5.000 soldats pour appuyer son allié. Ainsi est garanti, en plus de son avancée vers les mers chaudes du sous-continent indien, l'accord signé en 1967, octroyant à Moscou l'exploitation "à long terme" du gaz afghan par les sociétés d'Etat soviétiques.
Un premier coup d'Etat, mené par un Hafizullah Amin, communiste pachtoune radical et intransigeant, refusant de prendre ses ordres à Moscou, inquiète Brejnev et les multimédaillés de l'Armée rouge. Convaincu de voir l'Afghanistan lui échapper, le KGB convainc un état-major réticent à envoyer le 24 décembre 1979 les 40.000 hommes de troupe de la 105è division aéroportée occuper le territoire afghan. Officiellement, il s'agit de répondre aux appels du "gouvernement de Babrak Karmal", aussitôt remis au pouvoir. Amin est étranglé. L'armée afghane ne bouge pas : les conseillers soviétiques qui les supervisaient ont pris soin d'ôter les batteries des tanks de Kaboul, pour tester leur résistance au gel.
La guerilla des moujahidin commence. Le feu prend dans toutes les montagnes pour déloger l'occupant et abattre un collectivisme soviétisant inadapté en Afghanistan. La Guerre froide n'étant pas finie, l'Occident se découvre de nouveaux héros romantiques.
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