Tractations d'après-guerre

Par Léonard VINCENT, le 17 novembre 2001 à 11h55 , mis à jour le 16 novembre 2001 à 12h05

Même si des combats ont toujours lieu pour le contrôle de Kandahar et Kunduz, les pourparlers politiques ont commencé. L'Alliance du nord multiplie les déclarations, l'ancien roi définit sa place et l'ONU s'efforce d'organiser une conférence inter-afghane pour désigner un régime de transition.

Photo : Stan Honda (AFP) © INTERNE

Tandis que taliban et moujahidin s'affrontent encore pour le contrôle de Kunduz et Kandahar, les pourparlers ont commencé pour donner à l'Afghanistan un nouveau régime politique. La diplomatie mondiale, auparavant peu avare en recommandations et en exhortations à l'égard des successeurs du commandant Massoud, a manifestement paniqué face à la prise éclair de Kaboul par les soldats du Front uni. A leur tour échauffés par les mises en garde des chancelleries, les médias ont surveillé de près les soldats de la résistance entrés en vainqueur dans la capitale. En vain, semble-t-il. Même le vice-président américain Dick Cheney a déclaré vendredi que "l'Alliance du nord [nom donné à l'étranger au Front uni, ndlr] s'est comportée d'une façon responsable dans les circonstances extraordinaires qui existaient." Et aujourd'hui que la situation sécuritaire semble s'être stabilisée à Kaboul, l'ONU, le Front uni et l'entourage de l'ancien roi Zaher Shah ont commencé à préparer les pourparlers à venir.

Les assurances du Front uni

Pour la première fois depuis la chute de la capitale, l'instance exécutive pour les opérations militaires, présidée par le ministre de la Défense Mohammad Qassim Fahim, a publié un communiqué dont tf1.fr a reçu une copie jeudi soir. Le "Haut conseil de sécurité" du Front uni s'y engage à respecter "un transfert du pouvoir à un gouvernement élargi, formé par le processus de la Loya Jirga" [assemblée des chefs tribaux, militaires et spirituels d'Afghanistan, ndlr], conformément à l'accord conclu avec l'ex-roi Zaher Shah. Le Haut conseil affirme qu'il veut "ouvrir la voie à la tenue d'une Loya Jirga à Kaboul, dans les délais les plus brefs possibles", ajoutant que la République islamique d'Afghanistan [gouvernement encore reconnu par l'ONU, ndlr] "n'a pas l'intention de prolonger son emprise sur le pouvoir", mais préparer une voie démocratique où "les Afghans détermineront leur avenir." Le Haut conseil conclut son communiqué en appelant l'ONU à "envoyer des représentants à Kaboul dès que possible pour superviser le processus de paix."

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Même si le ministre de l'Intérieur du Front uni, Yunus Qanouni, a insisté jeudi pour faire comprendre que "d'abord nous devons parler d'un ensemble de mesures pour la paix", le principe d'une présence multinationale en Afghanistan est acquis, sans que ce passage en force diplomatique ne semble irriter outre mesure les nouveaux dirigeants kaboulis. Et comme pour dissiper un peu plus le doute qui plane sur les intentions du Front uni, le président en exercice Burhanuddin Rabbani, qui a différé sa venue dans la capitale afghane pour ne pas donner l'impression de se ruer sur le pouvoir, a affirmé vendredi matin que "les droits des femmes seront restaurés" et qu'elles "bénéficieront du droit au travail, mais aussi du droit de vote". Mais sans doute faudra-t-il pour cela que le Front uni ne se considère pas trahi par ses alliés d'aujourd'hui, alors que son ambassadeur en Inde a tenu à faire savoir que les commandants pachtounes du Sud étaient invités à rencontrer les représentants de son gouvernement pour "partager" le pouvoir dans le cadre d'un "arrangement politique" ou "militaire".

Le roi et l'ONU se cherchent une place

De son côté, l'ancien roi d'Afghanistan, de plus en plus considéré comme le seul personnage clé susceptible de recevoir l'agrément des capitales occidentales, du Pakistan, des tribus pachtounes et du Front uni, se prépare à retourner dans son pays. L'un de ses conseillers, interrogé par un journal saoudien, a toutefois tenu à insister sur le fait que Zaher Shah ne s'envolerait pour Kaboul que dans le cadre d'une "opération politique nationale". Il a précisé qu'il fallait d'abord "trouver un mécanisme qui convienne à toutes les factions afghanes et non à une seule partie" et que le roi "reviendra pour jouer son rôle", et non "en simple citoyen" comme l'avait publiquement souhaité le ministre des Affaires étrangères du Front uni, le Dr. Abdullah.

De son côté, le Représentant spécial de l'ONU pour l'Afghanistan, Lakhdar Brahimi, a multiplié jeudi les consultations pour l'organisation d'une conférence inter-afghane "dans un lieu neutre", afin d'établir une autorité provisoire et discuter des arrangements de sécurité. Les dirigeants du Front uni, d'abord irrités de n'avoir été consultés que deux jours après l'annonce d'une telle réunion, ont émis le souhait que celle-ci se tienne à Kaboul, et non aux Emirats arabes unis, comme annoncé dans un premier temps. Lakhdar Brahimi a également tenu à balayer d'un revers de la main l'idée qui avait été soufflée à l'ONU par le Pakistan de réunir dans "un gouvernement à base élargie" des pseudo-"taliban modérés". "Aucun dirigeant responsable ne sera exclu", a-t-il en effet insisté.

Par Léonard VINCENT le 17 novembre 2001 à 11:55
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